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La génération C et les conditions de travail: non, ce n’est pas C!

(Je vais encore négliger un peu les hyperliens pour me concentrer sur certaines idées. Je vais corriger cela par la suite. Désolé!)

Cette table ronde m'a laissée avec plusieurs questions. Peut-être pas immédiatement, mais plus j'y repense et plus je me questionne. Je pense tout haut ici, rien de bien organisé. Voyons où ça me mène!

Selon ce qui a été dit alors, la génération C accorde plus d'importance aux conditions de travail qu'au salaire. Pas que le salaire ne soit pas important, mais ils accorderaient une importance particulière à la liberté, la flexibilité, la possibilité de créer, l'environnement de travail et à l'équilibre travail vs famille/loisirs/vie privée. Dans la salle, on a entendu plusieurs commentaires trop rapides à mon goût et parfois désobligeants qui disaient que les jeunes rêvaient, qu'ils voulaient "le beurre et l'argent du beurre" tout à la fois. Je crois que c'est faut, les gens ont bien mal compris. Les C sont conscients qu'ils ne pourront pas tout avoir. Ils étaient clairement prêts à des compromis. Ils l'ont démontré en disant qu'ils pourraient probablement accepter d'avoir une laisse au cou la fin de semaine et la nuit dans certains contextes ou si le jeu en valait la peine (profit, avancement, gain de liberté plus tard...). (Laisse: Je parle ici d'un cellulaire. Notez que, de toute manière, il s'agit d'un non-problème puisque les C ont intégré la connectivité et n'ont probablement jamais envisagé de ne pas avoir de cellulaire sur eux à tout moment. J'en reparle plus loin!) Mais surtout, je ne crois pas que ce soit une caractéristique des C...

Voyez-vous, je ne suis pas un C. J'ai plus de 30 ans et, pour moi aussi, l'équilibre et la liberté sont des éléments importants. Ce changement de mentalité me vient de mes parents (je crois) et de la société québécoise en général. (Considérez qu'il s'agit d'une réaction ou d'une critique du monde qui m'entoure si ça vous chante!) Très jeune, j'ai pu observer qu'ils avaient atteint un extrême que je voulais éviter et je me suis donné les moyens d'y arriver. Évidemment, j'ai fait les compromis nécessaires (Dans mon cas, ça inclut 12 ans d'université et de travail à temps partiel avec un salaire désagréablement peu élevé), mais je me suis donné la liberté et des conditions de travail très agréables. (En y pensant bien, j'ai aussi reçu de l'aide et le soutien de mes parents et de mon entourage qui reconnaissaient l'intérêt de mes objectifs.) Je peux travailler à la maison, pas toujours, mais souvent! Je choisis généralement les projets dans lesquels je m'investis. J'accorde beaucoup d'importance à ma famille et je choisis consciemment de ne pas travailler le soir même si des collègues s'attendent au contraire... J'ai un milieu de travail globalement riche et intéressant qui correspond à mes objectifs/besoins/intérêts personnels. C'est un peu ça que j'ai compris du discours des C. Je crois que c'est à ça qu'ils aspirent et plus ils seront nombreux à le demander, plus cela risque de se produire. Tant pis pour les personnes de l'assistance qui ont dit que les C rêvaient! Ceux d'entre vous qui écoutent et comprennent décideront probablement de les soutenir. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a des exemples qui démontrent que c'est possible. Lors de la table ronde, Félix a d'ailleurs parlé du modèle de Google. Saviez-vous que certaines personnes chez Google ont le droit de consacrer un pourcentage appréciable (20%) de leur temps à des projets personnels? Mais Google n'est pas un regroupement de C! C'est d'ailleurs cette intervention de Félix qui m'a amené à me questionner... En y pensant bien, j'ai constaté qu'il y a un changement important qui s'opère déjà dans ma génération. Prenons mon milieu de travail par exemple: les universités. À l'UQAC, en éducation et psychologie, c'est frappant! Mes nouveaux collègues qui ont à peu près mon âge partagent souvent ma vision quant aux conditions de travail. Ça occasionne parfois de drôles de débats lorsque vient le temps de discuter de promotion, de réussite, d'assurances collectives... De vrais dialogues de sourds! Deux générations qui se parlent et n'arrivent pas à se comprendre.

Je ne crois donc pas que ce qui a été discuté lors du colloque soit réellement une caractéristique qui démarque les C. Il existe déjà des exemples. Plusieurs non C réclament déjà ce type de conditions de travail, même s'il faut faire des compromis et accepter de progresser moins vite professionnellement. Par contre, ce sera peut-être par les C que ça va se produire à grande échelle. Alors que les C entrent sur le marché du travail, ceux de ma génération et de la génération d'avant qui nous ont compris risquent de les aider. Il y a donc probablement un changement qui va s'opérer. Peut-être?

Mais pourquoi parler de cela ici? Dans un blogue qui traite de TIC et d'éducation?

C'est que cette non-caractéristique des C me semble liée de manière évidente aux modèles pédagogiques qui gagnent en importance dans nos écoles! J'en parle aussi parce que c'est très probablement lié à l'importance toujours grandissante des TIC. C'est d'ailleurs ce lien qui me laisse croire que le changement de croyance et de pratique en regard des conditions de travail et des relations employeur/employés risque de se produire par les C.

Pensez-y, dans les systèmes éducatifs appliquant les principes contemporains centrés sur l'apprenant et les interactions sociales, l'enseignant contrôle les conditions pour qu'elles répondent aux besoins/goûts/désirs des apprenants. Évidemment, il oriente/balance/guide afin que le système soit efficace, c.-à-d. qu'il produit des profits. En éducation, le système est efficace quand les apprenants développent des compétences, et acquièrent des connaissances! C'est exactement ce que les C espèrent d'un employeur. Ils demandent que leurs employeurs tiennent compte de leurs besoins/goût/intérêts/désirs dans sa gestion et qu'il manipule/organise/gère le tout pour assurer un équilibre profitable ($$$) et écologique (dans le respect des employés, qui respecte l'équilibre). J'anticipe que les employeurs qui désirent faire de gros profits rapides sur le dos des employés auront de plus en plus de difficultés à conserver leurs employés. Je crois d'ailleurs avoir lu ça sur Twitter durant le colloque, quelqu'un était d'accord avec ce point de vue mais je n'arrive pas à trouver qui. (Je crois que c'est @captic.) En apartée: Il n'est pas étonnant que je n'arrive plus à m'y retrouver considérant que nous avons produit collectivement plus de 300 pages de contenus selon ce que Sylvain a pu rassembler et qu'il n'existe pas encore d'outils efficaces pour cette tâche! Est-ce dire que les changements (renouveau pédagogique, réforme) si longs et difficiles en éducation ont malgré tout déjà un impact? Ça semble bien correspondre, le changement se produit irrégulièrement dans le système scolaire et la génération C est hétérogène...

Pensons aussi au statut des TIC dans la vie quotidienne. Elles fournissent aux jeunes l'interactivité. Plus les TIC gagnent en importance, plus il y a d'interactivité possible et plus les jeunes réclameront de mobilité et de flexibilité. Ça me semble logique. L'apprentissage dépend en partie de l'interaction avec l'environnement (social et physique) pour que l'apprenant puisse confronter ses nouvelles connaissances/compétences avec la réalité. Les TIC font que l'on peut interagir très facilement sans avoir à nécessairement être au même endroit au même moment. Les C ont intégré les TIC comme personne avant eux ou presque... Ils ont pu constater que l'on peut apprendre partout et à tout moment, sans avoir à être dans la salle de classe ou à l'école! Conséquemment, ils réclament de pouvoir travailler chez eux, au parc ou peu importe parce que c'est possible! Ils ont aussi appris à valoriser leur réseau et la connectivité puisque c'est associé à des avantages de productivité, de liberté, de créativité... Et vous pensez qu'ils vont s'en passer au travail? Quand je repense au colloque et à la réaction des gens autour de moi qui pensaient avoir coincer les C en leur disant que s'ils voulaient travailler ailleurs qu'au bureau il faudrait avoir avoir une laisse autour du cou... Les interventions semblaient insinuer que c'était un gros compromis, qu'ils perdraient de leur liberté. Mais les C qui étaient à l'avant n'ont pas vraiment réagi, ils avaient peu à dire sur le sujet. C'est d'ailleurs probablement pour ça que certains semblaient satisfaits et pensaient avoir coincé les jeunes.(Ici, évidemment, j'interprète les réactions et commentaire observés...) Ce que les plus vieux n'ont vraisemblablement pas compris, c'est que les C ne peuvent probablement pas imaginer vivre sans cet outil. Dès lors, ils ne comprennent pas l'allusion. Ils ont déjà intégré l'outil, le considèrent autrement. C'est nécessaire à la réalisation de leurs souhaits, utile à leur mode de vie, souhaitable!

Je devine que ces C vont avoir des attentes très différentes vis-à-vis de l'École (avec un "É" majuscule pour indiquer que je parle de l'institution)? Les premiers C ont 22 ans, ils auront probablement des enfants bientôt. Les premiers "enfants de C" feront donc leur entrée dans le système scolaire d'ici 6-10 ans, soit probablement avant qu'il puisse y avoir un changement complet de dirigeants et certainement avant que le système éducatif ait réellement intégré le renouveau pédagogique et les TIC...

Il faudrait probablement commencer à y penser parce que sans une accélération substantielle du changement, je crois que la période de tourmente n'est pas terminée...

En parlant d'accélérer le changement... Lors de sa conférence au colloque du CEFRIO, Mario y est allé d'un bon coup de gueule à propos du blocage des outils 2.0. Il veut maintenant savoir si Internet est bloqué chez vous. Aller le lire et lui laisser un commentaire svp. Il est un connecteur important. Quelqu'un qui peut faire circuler le message, un message qui aura d'autant plus de poids qu'il sera bien appuyé!

pgiroux

Auteur: pgiroux

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Commentaires (1)

SylvainB SylvainB ·  24 octobre 2009, 2:36:13 AM

Excellent billet, Patrick !
En effet, les C sont difficile à définir en terme de tranche d'âge. Je crois fermement que ça ne se coupe pas au couteau autant qu'on voudrait nous le laisser croire...
Il y a des YC et des CY... sans compter les XC que je suis ;-) (Mais ça, c'est peut-être une autre histoire ;-))

Concernant l'immense PDF de presque 22 Mo que j'ai colligé, je pense quand même que c'est possible de retrouver quelques informations... Par exemple, j'ouvre le PDF dans Aperçu (Preview) sous Mac OS X et je peux taper un ou des mots clé et trouver "x" occurences. La "sidebar" de Aperçu me permet de ne consulter que ces pages-là. Je crois que Acrobat Reader fait la même chose ou à peu près... à vérifier. Sous Ubuntu, il y a sûrement un logiciel lecteur de PDF qui fait à peu près ce travail aussi ;-)

Je continue, moi aussi, ma réflexion: il y a quand même tellement de données à traiter, à réfléchir, de liens à faire entre différents trucs qui nous ont été dit ou dont on a discuté.

J'ai bien apprécié voir de tes élèves présents au colloque: vraiment bonne initiative qui sera décuplée à Clair2010: bravo ! Pour ma part, j'ai trouvé qu'il n'y avait pas assez de profs et de décideurs de "ma section", le secondaire... Perception, peut-être réalité ;-)

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