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Tricotés serrés : adieu la laine, bonjour la fibre optique!

Il ne s’agit plus maintenant d’être pour ou contre l’utilisation des TI. Les technologies sont déjà installées pour y rester et ce sont les jeunes de la génération C qui occupent les bancs d’école. Est-ce qu’un bon enseignant est une personne rigide, accrochée à ses idées seulement parce qu’il craint le changement? Et s’il prône l’ouverture sur le monde, ne devrait-il pas, lui-même, s’ouvrir à la communauté qui se déploie dans les fenêtres de son écran? Alors la question serait plutôt de savoir comment peut-il le faire plutôt que pourquoi le faire…

On demande maintenant à l’élève d’être au cœur de ses apprentissages, et d’y jouer un rôle de choix en construisant son savoir plutôt que d’être simple spectateur. L’utilisation de blogues scolaires et des médias sociaux poursuit la même logique. Pris à des fins pédagogiques, imaginez la portée de ces nouveaux outils. La classe n’est plus un groupe-classe mais un groupe-village-classe. Ou un village groupe-classe. Libre à vous de choisir la nomenclature.

Les projets pédagogiques préconisant l’emploi d’un blogue ou d’un wiki sollicitent directement l’apprenant qui doit participer activement en publiant du contenu ou en partageant des résultats de recherche. Mais avant d’en arriver à cette étape, l’enseignant doit avoir instigué les bases de la communauté d’apprentissage nécessaire au bon fonctionnement de projets avec l’emploi des TIC.

Transformer une classe traditionnelle en communauté d’apprentissage

Il s’agit en fait de d’établir des balises pour qu’un groupe de personnes puisse évoluer et former une communauté, à l’intérieur de l’école. L’objectif premier de cette communauté sera l’apprentissage. Selon [M. Grégoire, trois valeurs de base sont nécessaires à l’établissement au bon fonctionnement de la communauté : l’attention, le dialogue et l’entraide. Voyons donc en détail les éléments à mettre de l’avant.

Pour que la communauté se développe, les membres doivent démontrer l’attention qu’ils ont par rapport au groupe. On entend ici par attention le fait que les individus aient leur identité propre et soient facilement identifiables. Ils partagent des valeurs d’écoute, de considération les uns envers les autres, ainsi que de la disponibilité. Pour l’enseignant, la rétroaction est facilitée car les résultats sont rapidement devant lui. L’attention positive que chacun des membres du groupe, apprenants comme enseignant, peut manifester (ou non) servira à établir la confiance nécessaire au dialogue.

De par sa nature, le dialogue implique au minimum deux interlocuteurs. Selon M. Grégoire, il est plus que l’expression d’une idée car il permet la discussion. Les membres d’un groupe peuvent alors être invités à expliquer leur opinion, à remettre leur idées en question mais aussi à recevoir les commentaires de leurs camarades. François Guité relate un fait intéressant dans son blogue, où un étudiant confie avoir travaillé plus fort pour un travail parce qu’il était diffusé sur Internet. Cet élève savait que plus d’attention serait accordé à son travail (camarades, milieu enseignant). Parce qu’il y a mis plus d’efforts, le résultat à été que d’autres membres du groupe ont eu envie de laisser des commentaires, donc d’établir un dialogue sur ses idées. Incidemment, le fait de partager ses connaissances sur des apprentissages en cours aide l’apprenant en poussant plus loin son raisonnement.

De façon générale, la communication dans une communauté d’apprentissage doit se dérouler dans un climat d’entraide et de confiance. J’aimerais souligner ici que plusieurs les valeurs mises de l’avant par M. Grégoire sont directement liées aux compétences transversales du PFEQ. On pourrait comparer l’entraide de M. Grégoire à la CT de la coopération. Les apprenants évoluent ensemble, à leur rythme, se manifestent de l’attention et dialoguent! Ne serait-ce pas la situation idéale? Ils communiquent de façon appropriée, commencent à structurer davantage leur personnalité puisqu’ils ont pu être confrontés à d’autres façons de faire. Ils ont pu exercer leur jugement critique sur ce qui leur était présenté et, avec tout ça, ont découvert des méthodes de travail efficaces. Sans compter que leur pensée créatrice a été mise a profit dans la personnalisation de leur page personnelle! Je suis consciente que les compétences transversales ne sont plus évaluées pour l’instant mais des moyens faciles permettent de les exploiter. Peut-être les décideurs n’ont-ils pas eu la chance d’en faire l’essai ou du moins d’en constater les bienfaits.

M. Grégoire termine en mentionnant que bâtir une communauté d’apprentissage est un travail qui s’échelonne dans le temps, à moyen et long termes. Elle sera difficilement viable si elle est maintenue par un seul enseignant; c’est pourquoi tout le personnel de l’école gagne à s’y investir. C’est par le rayonnement qui en résulte que les parents pourront aussi participer plus activement à la vie scolaire, et éventuellement l’ensemble de la collectivité.

Et le blogue dans tout ça?



L’utilisation d’un média électronique facilite la communication à l’intérieur de la communauté qu’un enseignant aura réussi à former. Au lieu d’avoir une classe d’apprenants où chaque élève est confiné à son espace de travail personnel, comme son bureau, et où l’action principale se limite à écouter l’enseignant, ajoutez à cela toutes les distractions que cela peut amener, on se retrouve avec une toute autre dynamique. L’élève est appelé à agir à plusieurs niveaux. Pensons d’abord aux contenus d’apprentissage. Il peut l’enrichir de ses connaissances et de son expérience, et investiguer plus efficacement ce qui l’intéresse davantage.

Par la suite, les autres membres de la communauté sont invités à interagir les uns envers les autres en discutant et en réfléchissant ensemble sur le contenu que d’autres collègues auront élaboré. La portée de la communauté d’apprentissage sort des murs de l’école. Leurs amis à l’extérieur de l’école, la famille.

Le merveilleux de la chose est que l’enseignant peut prendre part à ces activités et évaluer plus rapidement ce qui que les élèves retiennent, ce qui les a allumés. Selon les résultats obtenus, il pourra choisir de modifier ses cours selon l’intérêt des élèves, tout en étant dans la matière à enseigner. Par ailleurs, il verra rapidement un élève qui participe peu ou qui éprouve certaines difficultés scolaire ou sociale.

Former une communauté d’apprentissage en arts

Une collègue me confiait récemment qu’elle et son enseignante-associée trouvaient ardu l’enseignement des arts plastiques à notre époque numérique. Les jeunes au secondaire sont habitués de voir le monde en quelques clics, d’obtenir un résultat en 2,54 secondes. Au cours d’une SAE, les élèves allaient constamment voir la stagiaire pour lui demander de valider leur travail. Ils étaient moins soucieux d’expérimenter une véritable démarche de création que de remplir la commande pour passer au prochain appel (ou texto?). Intégrer les TIC permet, petit à petit, d’aller chercher ces élèves qui semblent n’avoir que faire de se laisser inspirer ou d’expérimenter la matière.

La démarche d’apprentissage a les mêmes phases que la démarche de création (préparation, réalisation, intégration) où on laisse une grande place aux chemins explorés plutôt qu’à la destination en soi. La recherche et le cahier de traces sont autant de façons pour un apprenant de rendre compte de ses découvertes pertinentes et de ses réflexions. Cela l’aidera même à avoir le recul nécessaire à l’analyse. C’est aussi un bon aide-mémoire pour les plus jeunes car il arrive fréquemment que les cours d’arts soient enseignés par l’enseignant titulaire et ce, dès la troisième année du primaire. Ainsi, lorsqu’il commence le secondaire et recommence avec un enseignant en arts, l’apprenant pourrait se référer à ce qu’il a réalisé auparavant.

Pour l’élève comme pour l’enseignant, il est essentiel d’archiver numériquement les créations qui, au fil des années, prennent physiquement de plus en plus de place. C’est intéressant pour l’élève de voir la production de l’enseignant, de connaître le cheminement par lequel il est passé et sa constante (on l’espère!) évolution.

L’enseignant-associé avec qui j’ai eu la chance de travailler me disait qu’on évalue l’enseignant en arts selon les productions des élèves, d’où l’importance d’afficher visiblement leurs travaux dans l’école. Ce n’est pas le talent des enfants qui est pris en compte mais son processus de création. Si les élèves réussissent à remettre des travaux propres, originaux et menés à terme, c’est qu’un enseignant leur aura appris.

En réalisant une exposition virtuelle en plus d’afficher les œuvres dans l’école, cela offre une plate-forme supplémentaire de diffusion artistique. Pensez que même ici, à l’Uqac, les étudiants au baccalauréat ne disposent pas de locaux pour les évaluations. Par exemple, il est «normal» de n’avoir aucune idée de ce qui se fait dans un cours de sculpture espace auquel on n’est pas inscrit. La communauté universitaire elle-même gagnerait à profiter d’expositions virtuelles et l’art en général ne s’en porterait que mieux. Sans compter que nous faisons partie d’où région pour le moins dynamique dans ce domaine.

Les craintes

Comme la vie numérique prend plus de place dans les écoles, certains redoutent l'accroissement du nombre de cas de cyberintimidation dans le milieu scolaire. En fait, l’intimidation chez les jeunes existe avec ou sans tous les gadgets numériques. L’utilisation de médias sociaux ou de sites comme Youtube ne l’augmente pas : ils montrent au grand jour ce qui existe déjà. Impossible pour l’adulte de jouer à l’autruche. Les jeunes ont accès à une plate-forme de diffusion exceptionnelle. Ce n’est pas en interdisant son accès que l’on amoindrit ses effets indésirables. Et rappelons-nous que lorsqu’on est ado, l’interdit est plus intéressant que tout le reste! À une autre époque, c’est le rock’n roll qui était banni…

Les enfants et les adolescents sont les acteurs du monde à venir, celui dans lequel nous deviendrons vieux. Ce monde aura l’allure de ce qu’on veut bien leur donner. Et ils ne sont pas si différents de nous.

Selon le rapport du CEFRIO concernant l’usage des technologies par les «C» : « Les filles parlent, les gars jouent». Et vous, que faisiez-vous, ado? Pour ma part, je me souviens échanger régulièrement des lettres de plusieurs pages - écrites à la main, oui, oui! - avec ma meilleurs amie que je voyais tous les jours… et qui était aussi ma voisine d’en face! On ajoutait même des objets à nos envois : feu de bengale, images découpées dans la revue Fille d’aujourd’hui

Les jeunes font la même chose aujourd’hui mais virtuellement. Ils s’envoient des liens de leur chanteur préférée, des cadeaux de fête électroniques… Ce sont les moyens qui ont changé. Ils feront de ces nouveaux usages ce que nous leur aurons appris à faire.

Pour terminer, voici quelques idées de projets artistiques dans lesquels il serait bien d’intégrer les TIC, pour une utilisation ultérieure. Cette liste en est à ses débuts et sera augmentée au fil des sessions à venir. Les projets sont classés par compétence disciplinaire à évaluer. N’hésitez pas à les utiliser et à me transmettre vos commentaires!

Arts dramatiques

Créer des œuvres dramatiques: Diffuser des saynètes ou des sketchs en ligne. On pourrait même créer un faux message publicitaire pour inclure des notions de langage médiatique. Pensons à Vince et à son ShamWow… tout est possible!

Interpréter des œuvres dramatiques: Enregistrer puis apprendre des textes avec la baladodiffusion

Apprécier des œuvres dramatiques: Recherche par équipe, en ligne, sur les différents métiers reliés au théâtre. Constituer un dictionnaire auquel les élèves peuvent se référer.

Discussion en ligne après une pièce de théâtre, évaluer la mise en scène, la direction technique (éclairage, son, musique, visuel), décors, jeu des acteurs

Recherche sur un auteur dramatique (obligatoirement un différent pour chaque élève) mise en ligne, pour créer une banque de textes où les élèves peuvent puiser.

Arts plastiques (visuels)

Réaliser des créations artistiques personnelles: Portfolio numérique : cahier de traces, inspiration d’un autre artiste ou d’un mouvement artistique noté. Il serait vraiment intéressant de le commencer durant les premières années à l’école…

Land art avec du geocaching : les élèves doivent trouver 5 éléments à inclure dans leur installation à l’endroit déterminé par la donnée numérique.

Réaliser des créations médiatiques: Réaliser une œuvre médiatique et la mettre en ligne (+ médias)

Apprécier des œuvres d’art: Coévaluation via un blogue, évaluer les commentaires des élèves

etu5

Auteur: etu5

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Commentaires (4)

Mutuelle France Mutuelle France ·  17 juin 2010, 12:17:37 PM

Félicitations pour votre site, je vous remercie pour ces idées et notez dans un premier temps que je "plussoie" moi aussi ce point de vue. J'insiste, oui votre travail est vraiment bien bon, je suis sincèrement heureux d'avoir atterrir sur votre site... D'habitude je ne réagis jamais sur les blogs, et ce même si leur contenu est de bonne qualité, mais là le vôtre méritait pleinement mes félicitations !

Maude Bouchard Maude Bouchard ·  17 juin 2010, 7:40:34 PM

Je crois que le fait de pouvoir avoir un suivit numérique de travail des élèves peut être très bénéfique. Comme tu l'a si bien dit, on ne notes pas un élèves sur une seule réalisation, mais sur l'évolution de son travail. Un tel suivit peut nous permettre d'avoir un bon suivi de nos élèves et ce, même si nous n'avons pas toujours été son enseignant. De plus, nous n'avons pas à trainer une centaine de cahier de traces lors de la correction puisque le travail des jeunes et disponible en tout temps. Enfin, le jeune sera très heureux de pouvoir montrer ce qu'il fait à qui il veux et ce en tout temps.

Bravo, très bon texte, j'ai vraiment aimer le lire et c'était vraiment très intéressant. Tu as bien survoler les différente discipline artistique et me donne bien des idées pour l'utilisation des TIC dans mes SAE futur. Merci :D

Catherine Bouchard Catherine Bouchard ·  17 juin 2010, 10:00:46 PM

@ Mutuelle France:
Bien heureuse que mon billet vous ait plu! Par contre, il ne s'agit pas de mon blogue, j'y ai contribué en tant qu'étudiante d'un cours!

@Maude:
Merci! Les TIC me branchent parce qu'elles facilitent la vie. J'aime le côté rassembleur et la grande accessibilité visible de tous qu'elles permettent. On y gagne comme enseignant et comme parent mais à la fin, c'est la fierté de l'élève devant toute sa communauté qui compte.

Mejda M Mejda M ·  22 juin 2010, 9:07:20 AM

Plein de belles et de bonnes idées dont celles de faire des expositions virtuelles ou encore l'élaboration d'un portfolio "enseignants" s'avèrent . Se servir des outils du Web 2.0 en art est un incontrounale! Il y a tellement de ressouces, d'informations et de façon de créer sur le Web!

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