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Erreurs fréquentes que les étudiants font lorsqu'ils jugent de la qualité d'une source d'information sur le Web

Il m'apparait de plus en plus clair que les futurs enseignants ne savent pas très bien s'y prendre lorsqu'il est question de porter un jugement à propos de la valeur d'un site Web. Ils sont souvent malhabiles et manquent un peu de cohérence. Voici quelques erreurs qu'ils font fréquemment et auxquelles ils devraient faire plus attention.

Utiliser plusieurs critères

Les futurs enseignants utilisent souvent un seul critère pour juger de la qualité de l'information. C'est malheureux, mais il n'y a pas un seul critère qui soit absolu et soit garant d'un bon jugement à tout coup. Je propose personnellement d'utiliser les 6 questions du cyberespace. C'est un bon point de départ!

Utiliser tous les critères à tous les coups

Les futurs enseignants tombent trop facilement dans la facilité. Ils utilisent trois critères pour juger d'un site et deux autres critères pour juger du second site. En vérifiant, je me suis aperçu qu'ils avaient tendance à se limiter à l'information facilement visible. C'est souvent les critères que l'on ne trouve pas immédiatement qui apportent de l'information intéressante quant à la valeur d'un site. Appliquer les 6 critères à tous les coups!

Un site n'est pas bon ou mauvais!

Nous ne sommes pas en face d'une dichotomie. Un site n'est pas nécessairement bon OU mauvais. Chaque site risque d'avoir des forces et des limites. Il est important d'apprendre à les identifier pour s'en méfier. Exemple: Si je trouve un site avec des simulations très intéressantes en mathématique, mais que je n'arrive pas à identifier qui a créé ces simulations, que le site est hébergé par un hébergeur public, que le design du site est très simple et qu'il y a quelques fautes de français. Je ne peux pas nécessairement conclure que le site est mauvais. C'est peut-être un enseignant en math qui veut garder l'anonymat et qui créé un site à la va-vite pour dépanner ses étudiants il y a quelques années. En voyant que ça fonctionnait, il est passé à un autre problème sans trop peaufiner le résultat! Dans ce cas, je crois qu'il faut s'attarder aux animations et les mettre à l'épreuve en contrevérifiant les résultats, en les comparant aux miens. Il faut aussi envisager le potentiel du site. Malgré ses défauts, est-ce qu'il a le potentiel de m'aider ou d'aider des apprenants? Si oui, dans quels contextes? Comment devrais-je l'introduire, quelles informations dois-je donner aux apprenants pour qu'ils apprennent à l'utiliser et soient informés de ses forces et faiblesses?

L'auteur, ce n'est pas tout!

Il arrive à tout le monde de faire des erreurs. Même un gouvernement peut parfois se comporter comme un idiot. Il est important de ne pas se fier aux sites et à nos outils informatiques parce qu'ils sont produits par le MELS, par une grande compagnie ou par un auteur reconnu. C'est un critère qui peut être trompeur. LE MELS, par exemple, est grandement influencé par sa ministre qui a une vision "particulière" de l'éducation. Cela se traduit dans les politiques et dans la manière de présenter l'information. Pédagotic, est aussi influencé par mes croyances et opinions. Et parfois, moi comme le MELS, faisons des erreurs... Autre exemple: Il y a quelques années, alors que je faisais les analyses statistiques pour ma thèse, j'ai été confronté à de drôles de résultats. J'ai refait toutes mes analyses et je commençais à sérieusement paniquer. L'une de mes Co directeurs a tout vérifié et a rapidement conclu qu'il y avait un bogue dans le logiciel! En vérifiant, nous avons même constaté que plusieurs versions dudit logiciel étaient affectées... C'était pourtant supposé être l'un des meilleurs logiciels dans le domaine!

RSS?

J'ignore encore pourquoi, mais les étudiants associent fil RSS et site de qualité. JE crois que c'est parce que c'est très utile, facile d'utilisation et associé au site récent. Le fait de mettre un fil RSS à la disposition n'est pas, à mes yeux, garant de qualité... Certains journaux et sites très peu crédibles mettent des fils RSS à la disposition du public.

Distinguer le vieux du récent...

Les futurs enseignants manquent d'expérience et n'arrivent souvent pas à distinguer les designs vieillots et amateurs ou les sites qui sont en ligne depuis 15 ans de ceux qui sont très récents et très professionnels... Ce n'est pas, non plus, un critère absolu, mais ça aide à juger du sérieux d'un site et de sa valeur. Disons que ça apporte quelques éléments d'information pertinents. Je vais devoirs montrer plus d'exemples... L'âge y est aussi pour quelque chose, lorsqu'ils auront navigué sur Internet pendant 15 ans, ils pourront probablement plus facilement identifier les sites qui ont cessé d'évoluer.

Qu'est-ce que je vais faire de cette information?

Je vais d'abord ajuster mes interventions en classe. Je ne faisais qu'un exercice à ce sujet jusqu'à présent et je vais le changer pour que les apprenants aient à juger plus de sites. Je vais aussi prévoir une progression, car certains semblent vraiment désarmés... Nous ferons aussi l'exercice en classe pour que je puisse réagir plus facilement. Plusieurs étudiants ne viennent jamais chercher leurs travaux et ne reçoivent donc que peu de rétroactions dans ma formule actuelle... En espérant faire mieux dans le futur!

pgiroux

Auteur: pgiroux

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Commentaires (13)

Pgiroux Pgiroux ·  13 juillet 2010, 9:24:20 AM

En poursuivant ma correction je constate aussi que l'URL est un mystère pour plusieurs étudiants. Ça aussi, je vais devoir y consacrer un peu plus de temps.

Pgiroux Pgiroux ·  13 juillet 2010, 9:42:03 AM

Une autre chose qu'il est important de considérer est le copyright... Je peux écrire des blagues et désirer protéger mes droits. Qu'est-ce qui empêche un organisme nazi ou un idiot de protéger ses droits d'auteurs? Rien! Avoir ou non un copyright n'est pas, considérer seul, un critère suffisant pour distinguer le bon du mauvais.

Plusieurs étudiants se laissent trop facilement influencés par le petit symbole (©) qu'ils trouvent dans le coin des pages...

Mejda Mejda ·  13 juillet 2010, 12:23:23 PM

Constat intéressant! Je crois qu'il est impératif de bien s'imprégner des différentes caractéristiques nécessaires à l'évaluation de la qualité d'un site. Pour ma part, il me faudra encore plusieurs heures de navigation et de pratique afin de bien instaurer ce fameux mécanisme d'évaluation, lequel dois-je avouer, à toujours été plutôt sommaire.
La réalisation de la webographie, bien que peut-être imparfaite, représentait une incursion intéressante et appréciée par mes coéquipière et moi-même!

Pgiroux Pgiroux ·  13 juillet 2010, 1:05:49 PM

Merci pour le commentaire. Je vais garder la webographie, mais je vais remplacer l'activité réalisée en classe avec les 5 sites Web à explorer par une activité plus dirigée ou nous critiquerons l'un après l'autre différents sites. Les étudiants auront ainsi plus de chance de rencontrer différentes limites et je pourrai "modéliser" en donnant des exemples de "comment évaluer".
Je crois que ce sera mieux ainsi. J'espère que ça améliorera mon cours.

Gael PLANTIN Gael PLANTIN ·  14 juillet 2010, 3:38:26 AM

Ne peut-on aborder cette approche sous un autre angle ?

Perso, je pars du postulat suivant :
"Un bon site me permet de trouver l'information dont j'ai besoin en un minimum de temps et avec un minimum d'effort".

En revanche, le plus difficile reste à faire : valider l'information, ce qui, de mon point de vue, suppose une capacité à croiser les regards et donc à élargir les sources.

En résumé, l'analyse intrinsèque de la qualité d'un site n'a pas d'intérêt en elle-même.

Il faut être capable de juger de la pertinence/validité d'une information par le biais d'une analyse comparative d'un corpus de site, ce qui, selon moi, ne fait pas appel aux mêmes techniques et aux mêmes critères d'analyse.

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  14 juillet 2010, 9:39:34 AM

Bonjour Gael,

Merci pour le commentaire. Tes remises en question et questionnements m'amènent souvent à pousser ma réflexion plus loin. Mon billet n'est peut-être pas suffisamment clair. Pour moi, un site Web n'est rien d'autre qu'un média, un support pour de l'information. Les critères donnés aux étudiants ne s'appliquent pas exclusivement au site, mais à l'ensemble "média+message". Je crois néanmoins que nous nous rejoignons... Je crois aussi qu'il faut être capable de "juger de la pertinence/validité d'une information par le biais d'une analyse comparative d'un corpus de site". Seulement, j'en suis venu à penser que mon intervention devait se centrer sur le site. Je vais essayer d'éclaircir mon raisonnement.

J'écrivais le billet alors que je corrigeais. Mon intention (au départ) était simplement de noter les faiblesses récurrentes. Rien de scientifique, simplement pour moi, pour ma réflexion. Il m'arrive souvent de débuter ainsi des billets ou d'utiliser mon blogue pour prendre des notes sans jamais les publier.

À titre de rappel, je donne un cours sur les technologies en éducation. Il s'agit du seul cours de la formation. J'ai 45 heures pour amener les étudiants à développer leurs compétences TIC. Je prends souvent des raccourcis... (Raccourcis qui n'en sont peut-être pas!)

Je suis professeur depuis 5 ans, bientôt 6. Je constate que les étudiants avec lesquels je travaille quotidiennement sont de plus en plus "technos", mais qu'ils demeurent inexpérimentés en ce qui a trait à la recherche d'information sur Internet, surtout en ce qui a trait à juger de la qualité de l'information repérée. Ils n'ont pas l'habitude de comparer, trianguler ou même d'appliquer d'autres critères. Mon collègue et partenaire de recherche dirait probablement qu'ils manquent certaines compétences liées au sens critique. Je constate chaque trimestre qu'ils sont vraiment débutants, et souvent ils l'ignorent ou croient être compétents parce qu'ils savent manipuler Google. Les erreurs constatées plus haut sont, à mes yeux, des indices de leurs manques de compétences informationnelles. Je crois, par ailleurs, que ces indices pointent vers des étapes du processus qui se situent avant la comparaison ou la nécessité de "croiser les regards" puisqu'ils ne reconnaissent même pas le besoin de "croiser les regards"...

Dans la pratique, JE CROIS qu'ils confondent même parfois savoirs et informations. En les écoutant parler et à la lumière des travaux que je corrige, je constate qu'ils consultent un site, parfois deux et croient "SAVOIR". Ils croient en ce qui était écrit...

Face à ces constats et dans le contexte de mon cours sur les TIC en éducation, l'objectif de ma démarche est de leur donner des indices relativement faciles à repérer/interpréter qui vont leur permettre de mieux juger des sites et de la qualité de l'information présentée. Je leur parle évidemment aussi de triangulation et de comparaison, mais au départ ils n'ont même pas le réflexe de mettre en cause la valeur des sites ou de l'information qu'on leur présente. Ils assument que c'est vrai. Par moment, je trouve qu'ils sont carrément naïfs. La vérité, je crois, est qu'ils n'ont pas été amenés à développer les stratégies et les compétences informationnelles requises pour vivre en 2010! En terme de TIC et de compétences informationnelles, je constate que le système scolaire québécois a été incapable de s'adapter.

Dans ma démarche, je tente donc de les amener à questionner la valeur d'un site et, par conséquent, de l'information qu'il présente à l'aide de plusieurs critères. En se questionnant à propos de l'auteur, de la date de production du site et de mise à jour de l'information, du contexte géopolitique entourant la création du site, etc., j'espère qu'ils vont réaliser qu'un seul site ne permet souvent pas d'obtenir une réponse satisfaisante à leur questionnement... Je ne distingue pas sites et information et c'est peut-être une erreur. Pourtant, les critères que je leur donne s'appliquent autant aux contenus qu'aux médias.

D'un autre côté, ce manque de distinction me semble justifié, car cette partie de cours arrive après que nous ayons discuté de blogues, de wikis et du Web 2.0. Ils devraient avoir réalisé que tous les sites ne sont pas équivalents en termes de qualité de l'information et du type d'information (opinions, faits...). Je poursuis donc dans ce sens, en leur donnant des critères pour évaluer les sites et déterminer dans quelles mesures l'information qu'ils contiennent a le potentiel d'être fiable. Les 6 questions du cyberespace permettent souvent de mettre en lumière les forces et les faiblesses des sites. Ils nous permettent d'évaluer dans quelles mesures on peut se fier à cette information. Évidemment, le plus souvent, on ne peut pas s'y fier totalement. Les étudiants sont alors confrontés à un choix ou au besoin de "croiser les regards". Appliquer ces 6 questions, c'est un peu déterminer si un site fournit de bonnes informations, valables, de bonne qualité.

D'un autre côté, j'ai réalisé cette année (trois trimestres, 5 groupes) que mon scénario pédagogique n'est pas au point. Il m'a semblé bien fonctionner, mais seulement avec les étudiants qui avaient déjà un bon niveau de compétences informationnelles. Malheureusement, il s'agit d'une minorité. Je vais devoir le retravailler, tout ça à l'intérieur des 45 heures dont je dispose.

PAt :-)

Gael PLANTIN Gael PLANTIN ·  14 juillet 2010, 12:48:43 PM

Je partage ton analyse quant à la naïveté des apprenants.
Je <i>crois</i> bien me souvenir qu'il m'aura fallu de nombreuses années de vie pour troquer ma naïveté contre ce que je considère comme une forme de clairvoyance...

Le statut initial de la jeunesse n'est-il pas d'être candide ?
De nombreux dictons en témoignent, parmi lesquels je retiendrais celui-ci : "Il faut être pris, pour apprendre".

J'ai déjà eu l'occasion de citer cette anecdote, mais, elle est fondatrice de ma façon d'enseigner depuis quelques années :

Une apprentie, donc jeune ado en alternance école/travail, me dit un jour :
<i> Mais M'Sieur, pourquoi que je m'embêterais à faire tout ce que vous dites, mon rapport de stage, je rends en version papier : personne ira voir si j'ai utilisé une tabulation ou un style dans le fichier Word...</i>

Que répondre ?

En fait, ce sont les circonstances qui ont joué en ma faveur : cette apprentie a changé de maître d'apprentissage en cours de formation.
De ce fait, elle a du actualiser son rapport de stage en profondeur. Elle s'est rapidement aperçu que modifier sa saisie au kilomètre était long et fastidieux. J'ai pu alors lui démontrer la puissance de l'outil et la faciliter avec laquelle elle aurait pu faire ses modifications si elle avait suivi mes consignes au départ...

Pour apprendre, nous avons besoin de percevoir l'utilité, nous devons confronter notre idée du monde à sa réalité.

Autre anecdote : en classe de 3ieme, je soumets mes élèves à un quiz "Internet". Pour chaque question, l'élève doit fournir la réponse exacte et l'adresse du site internet qui lui a permis de répondre.
L'une des questions appelle une réponse chiffrée (Par exemple : Quelle est la longueur du fleuve Orénoque ?)
Lorsque j'avais établi mon corrigé, j'avais retenu une valeur... Il se trouve que certains élèves, en formulant leur question différemment, ont obtenu des valeurs différentes => qui avait juste ?

Dans le cadre de l'analyse de site internet, ne peux-tu imaginer un scénario qui les placent dans une telle situation d'ambiguïté pour introduire cette notion de triangulation que tu évoques ?

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  14 juillet 2010, 12:59:34 PM

C'est une piste intéressante... La production d'une webographie ne les plaçait pas devant la nécessité de faire un choix.

Je pourrais, par exemple, demander de répondre à une question qui est toujours cause de dilemme comme "Est-ce que les TIC favorisent l'apprentissage?" ou "Est-ce que le texto favorisent le développement de compétence en écriture?". Le genre de question pour laquelle il y a autant de défendant du pour et de contre...

Je vais y réfléchir!

Gael PLANTIN Gael PLANTIN ·  14 juillet 2010, 1:14:16 PM

Pour continuer sur la lancée de ton scénario, conforté par la thèse de Mario à propos de l'implication des apprenants dans la rédaction d'un blog, j'irai jusqu'à leur demander de rédiger un article (Knol, WikiPédia) avec tous ses attributs :

  • Titre pertinent ;
  • Résumé en 150 mots ;
  • Sommaire ;
  • Paragraphe structuré et illustré avec tableau synthétique si nécessaire ;
  • Conclusion ;
  • Webographie.

Le caractère formel de ce type de publication devrait leur faire prendre conscience que leur crédibilité est en jeu...

André Cotte André Cotte ·  23 juillet 2010, 11:11:29 AM

Quel billet intéressant! Une réflexion qui n'est pas faite assez souvent. Patrick que penses-tu de faire de cette réflexion un dossier pour le site de Carrefour éducation?

Contactes-moi si cela t'intéresse.

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  23 juillet 2010, 11:07:12 PM

Il faudrait en parler de vive voix. Comme moi et mon collègue travaillons sur deux articles sur le sujet, il faudrait que ce soit fait d'une manière qui n'empêche pas d'autres publications. Par contre, nous avons certainement suffisamment de contenus pour alimenter un dossier. Notre assistante a, entre autres, repéré des dizaines d'articles sur le sujet...

Je te contacterai après mes vacances, en août.

jasselin jasselin ·  26 juillet 2010, 10:58:49 PM

Un site Web reconnu fiable n'est pas plus fiable qu'un journal fiable, l'un et l'autre font des gourdes et des bons coups. Il faut vérifier les informations. Il n'y a que très peu de vérité, surtout en pédagogie.

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  27 juillet 2010, 10:43:16 AM

Je suis d'accord avec toi. Il faut toujours vérifier l'information. Malheureusement, plusieurs l'ignorent ou décident de ne pas vérifier.

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