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Dérape sur FaceBook ou quand l'éducation aux médias fait défaut!

Mise en situation

L'histoire dont je vais parler ici est réelle. Comme elle n'est pas dans les médias, je vais rester vague, respecter l'anonymat des intervenants et veiller à ce que personne ne puisse les reconnaitre. J'ai obtenu ces informations d'une personne impliquée dans l'évènement en qui j'ai confiance, une personne très impliquée dans son milieu, professionnelle et passionnée.

Les évènements

L'histoire est simple et se résume en quelques mots. Un petit groupe de jeunes du primaire de la région ont créé une page Facebook en utilisant le nom d'une enseignante et ont nourri ce compte avec quantité de paroles et de propos offensant et non-respectueux. Le genre de propos qui pourraient ruiner la réputation d'une enseignante et la poursuivre longtemps... Des propos suffisamment "hard" pour offenser des adultes et faire qu'ils ne désirent plus confier leurs enfants à cette enseignante...

Voilà! C'est tout! Et c'est amplement suffisant!

Le problème et la question que l'on va certainement poser

Je ne suis pas avocat ni inspecteur de police, mais je crois que le vol d'identité sur Internet ou ailleurs est un crime. Dès lors, si l'enseignante porte plainte, la DPJ pourrait être appelée à intervenir. Imaginez la conséquence sur ces familles et ces enfants? C'est probablement de bonnes familles tout à fait normales...

Je ne sais rien des parents... J'imagine seulement qu'ils ne l'ont pas vu venir. Peut-être se sont-ils désengagés vis-à-vis des médias et des technologies ne réalisant pas que c'était bien plus et bien moins qu'une gardienne ou un jeu. C'est typique. Dans ce domaine, je remarque souvent que les gens autour de moi font preuve de naïveté et d'un manque flagrant de responsabilité. Peut-être n'étaient-ils vraiment pas aux faits des usages possibles des TIC. Je ne suis même pas certain que les jeunes avaient conscience de faire du mal, de faire quelque chose de VRAIMENT grave. Il demeure que les faits tendent à démontrer que pour une raison ou une autre, il y a eu un manque de supervision et d'encadrement.

Est-ce la faute de l'école? Des parents? Un peu des deux?

Bienvenue en 2010!

Avant de juger, pensez à la fracture numérique qui existe entre les générations. Pensez aussi à l’importance des TIC en 2010.

Avant de juger, souvenez-vous que l'on vient de mettre encore des bâtons dans les roues des éducateurs par manque de vision et de compréhension de la chose éducative en éliminant l'un des éléments clés du renouveau pédagogique en éliminant les compétences transversales. C'est le plus gros des références aux TIC et à l'esprit critique que l'ont a ainsi retiré du programme de formation en faisant cela. Si ces jeunes avaient été familiers avec la nétiquette et l'importance et la fragilité de l'identité numérique d'une personne, la situation aurait peut-être été différente.

Manque de vision?

Avant de juger, informez-vous de la situation technologique des écoles... Questionnez les compétences réelles des enseignants et l'accès réel aux outils technologiques. Les jeunes n'ont généralement pas accès aux TIC les plus récentes à l'école. C'est le plus souvent à la maison qu'ils ont accès aux appareils mobiles, aux réseaux, et aux ordinateurs de la dernière génération. D'un autre côté, j'ai déjà entendu dire que les budgets existaient... On m'a aussi déjà "expliqué" que les écoles manquaient toujours d'argent et que les TIC n'étaient souvent pas le besoin le plus urgent. Je me demande si c'est vraiment par manque de budget ou par manque de vision des administrateurs scolaires que nos écoles sont aussi souvent démunies technologiquement... Ce qui est étrange, c'est que je crois que les enseignants sont souvent plus informés des potentiels des TIC et des risques que les parents. Ils sont aussi plus compétents que plusieurs parents. C'est pourtant à l'extérieur de l'école que les jeunes consomment le plus de médias et de technologies...

Désengagement?

C'est vraiment une situation désagréable... Elle soulève surtout un tas de questions importantes selon moi.

À réfléchir...

pgiroux

Auteur: pgiroux

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Commentaires (11)

Jean Doré Jean Doré ·  24 septembre 2010, 10:22:49 AM

Dès lundi, je fais lire ça à mes élèves...petite discussion en vue...

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  24 septembre 2010, 10:37:09 AM

Si ce billet peut aider ou servir de prétexte à une discussion, il aura été utile!

Ce serait gentil de partager avec nous l'impact de vos discussions.

PAt :-)

Stephanie Stephanie ·  24 septembre 2010, 11:02:45 AM

C'est abominable cette histoire. Perdre sa crédibilité professionnelle parce que des enfants mal élevés sont mal encadrés par leurs parents! Cela rappelle les fausses histoires d'abus sexuels inventés qui jette un voile de doute sur les vrais drames.

Les parents devraient être poursuivis au civil. Si les ordinateurs sont principalement à la maison, les parents sont responsables de l'utilisation qui en est faite. Mon fils ne reste pas seul devant l'ordinateur. Ce n'est pas une gardienne mais un outil de communication qui recèle autant de dangers que de possibilités pour de jeunes enfants.

Éric Noël Éric Noël ·  24 septembre 2010, 11:09:42 AM

Il faut conscientiser et redonner le sens réel aux actes posés. Dans la majorité des cas, les gestes posés (pas ceux de la situation que tu présentes) étêtent les même il y a 30 ans, sauf qu'aujourd'hui, c'est fait sur la place publique (un faux sentiment de sécurité), et que tout est enregistré et indexé.

Même toi Patrick tu dois en voir de toutes les couleurs dans le contenu des tes étudiants (qui seront eux même enseignants dans quelques années....

Éric Noël Éric Noël ·  24 septembre 2010, 11:11:45 AM

... des profils facebook de tes étudiants ...

Emmanuelle Erny-Newton Emmanuelle Erny-Newton ·  24 septembre 2010, 12:50:55 PM

Dans cet épisode regrettable, il y a deux choses à bien distinguer : la dynamique qui pousse des jeunes à écrire des horreurs sur l’un de leurs enseignants ; et le fait que la technologie (en l’occurrence Facebook) leur permette de partager ces horreurs avec le monde entier.

Je gage que l’éducation aux médias, ne changerait rien à la dynamique négative entre jeunes et enseignant. Changer cette dynamique nécessiterait des mesures d’un autre ordre -une médiation, et plus largement, à l’échelle de l’institution scolaire, l’examen des statuts respectifs du rôle de l’enseignant et de l’élève dans un monde où le savoir est distribué plutôt que thésaurisé. Pour prendre un exemple parlant, je soupçonne qu’il y a statistiquement moins de cas de (cyber)intimidation dans les écoles de type Montessori (Steiner, etc.) que dans les écoles « classiques ».

Oui mais, diront certains, l’éducation aux médias permettrait au moins d’expliquer aux jeunes comment de telles traces technologiques risquent de compromettre leur futur.

Deux choses me gênent dans cet argument :

1/ le fait qu’on essaye finalement d’expliquer à des jeunes qu’ils devraient arrêter de victimiser quelqu’un parce que ça pourrait se retourner contre eux. (Soit, je suis sûre que cela serait fait en concurrence avec une prise de conscience de l’impact sur la victime, mais si cela est fait sans médiation, j’augure mal).

2/le fait que dans la tête de beaucoup de gens, l’éducation aux médias consiste avant tout à mettre l’accent sur ce qui peut aller mal avec l’usage des technologies, plutôt que de pointer les jeunes vers des avenues enrichissantes que leurs pratiques récréatives ne leur avaient pas encore fait découvrir.

Le problème est qu’il est bien plus facile de former les enseignants aux dangers du Net, relativement bien circonscrits et repérés (et qui requiert une compréhension superficielle des applications), plutôt que de les former à une utilisation créative du Web dans un contexte pédagogique ; cela nécessite une réelle appropriation des technologies, en même temps qu’un investissement émotionnel. Et oui : pour comprendre comment marche Twitter, il faut l’utiliser, se créer des relations, s’engager dans d’authentiques échanges ; pour comprendre comment des données personnelles stockées sur Facebook sont vulnérables, il suffit d’en lire la politique de confidentialité.

Ce long commentaire (désolée) pour m’assurer qu’on ne confonde pas le messager (Facebook) et le message.

pgiroux pgiroux ·  24 septembre 2010, 12:57:56 PM

Stéphanie:
C'est effectivement assez dramatique. Pour les poursuites, je crois qu'il y aura des suites... Il faut faire attention avant de jeter le blâme sur les parents. Ce n'est pas tout blanc ou noir.

Éric:
Le plus frappant et évidant, c'est souvent les adresses de courriels et les surnoms. En 5 ans, j'ai reçu des courriels d'étudiants que mes filtres antipourriels filtraient sur la base de mots clés déplacés qui se trouvaient dans les adresses de courriel. J'ai remarqué que les présentations et discussions à propos de l'identité numérique en classe provoquent effectivement des changements chez les étudiants. Ils changent parfois de surnom et d'adresse de courriels, ils changent leurs réglages de confidentialité sur Facebook, ouvrent des blogues ou des portfolios numériques afin de s'afficher et de contrôler une certaine part de leur image.

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  24 septembre 2010, 7:12:16 PM

On parle de ce billet ici: http://ernynewton.wordpress.com/201...

Il y a un schéma intéressant qui situe le problème au coeur de l'éthique et de l'éducation aux médias.

Je me demande, est-ce plus un problème d'éthique et de savoir-vivre qu'un problème d'éducation aux médias?

bruno devauchelle bruno devauchelle ·  25 septembre 2010, 2:36:21 AM

Intéressant ce message, je viens justement de livrer un article pour les cahiers pédagogiques sur ces pratiques... (publié dans quelques temps) dont j'ai pu regarder l'évolution depuis plus de dix années (on trouvait depuis longtemps ce genre de pratique avec le web 1.0, et même avec le minitel. Le Monde avait rapporté au printemps dernier quatre cas similaires ou proches.
Avant de trouver des coupables trop faciles pour se dédouaner, il est nécessaire que chaque acteur de l'éducation recherche les pistes pour permettre aux jeunes de comprendre ce qu'ils font, et, éventuellement, de l'assumer, si tant est qu'à 10 ans on puisse le faire, mais c'est un débat de fond à poser là.

Jean Paul Jacquel Jean Paul Jacquel ·  25 septembre 2010, 6:01:20 AM

Entièrement d'accord avec le commentaire de Bruno Devauchelle. Facebook ne change pas grand chose à la question. Avant même le minitel je repense au film de Cayatte : "Les risques du métier" (1967) (http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Ri...) la question est bien d'amener les jeunes à comprendre le sens et la portée de leurs actes, aussi bien vis à vis des adultes que de leurs pairs et autant les actions positives que les négatives. Peut être pour cela faut-il que les adultes, enseignants comme parents les considèrent plus comme des interlocuteurs à part entière ? Cela dit j'imagine que spontanément chacun aura une explication évidente à proposer et quelques solutions de bon sens à mettre en place. Reste qu'il y a là un vrai fait d'éducation.

Mediacteur Mediacteur ·  28 septembre 2010, 5:46:19 AM

Tout à fait d'accord avec le point de vue d'Emmanuelle. Cela rejoint un développement mis en ligne (voir mon porte-folio : http://michelberhin.wiki.zoho.com/F...). C'est pas l'outil qui est d'abord en cause... Ce sont les usages. Avec Emmanuelle, je souscris que c'est en plongeant dans la pratique au quotidien que les professeurs (mais aussi les parents) entreront en compréhension du phénomène médiatique. Et la piste qui consiste à envisager des intégrations pédagogiques plutôt que de dénoncer des risques potentiels ou de juguler des usages pernicieux par le recours à des logiciels de filtrage et de censure... est une piste plus complexe, certes... mais la seule qui vaille si l'on prétend vouloir faire de l'Education aux Médias.

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