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Les futurs enseignants, victimes de l'évolution technologique?

À la une de plusieurs reportages, on proclame que les futurs enseignants actuels ne performent pas aux tests de français et certains enseignants du milieu dénotent que les élèves savent de moins en moins «écrire» à leur arrivée au secondaire. Pourrait-on trouver une constante entre les jeunes d’aujourd’hui, les «digital natives» si je peux me permettre d’utiliser les termes de Marc Prensky, et les futurs enseignants, les «digital immigrants»? Selon Wikipedia, les premiers ont grandi dans un environnement numérique, alors que les seconds n’ont pas grandi dans un tel environnement, mais l’ont adopté plus tard. La variable commune serait donc l’omniprésence de l’ordinateur dans leur vie, pourrait-on alors l’associer au fait que certaines statistiques disent à la population qu’ils ont des difficultés en français? Je me demande si l’innovation technologique, l’arrivée d’outils «connaissant» les règles de grammaire joue en faveur ou en défaveur des futurs enseignants. J’orienterai ma thèse en présentant d’abord les impacts de l’utilisation de l’ordinateur dans le développement de la compétence à écrire. Je me demanderai ensuite si on peut se baser de façon objective sur les tests de certification en français pour dire que les futurs enseignants actuels connaissent réellement plus de difficultés dans l’apprentissage de la langue. Je terminerai ma réflexion à partir du sens du mot compétence. On exploite maintenant de plus en plus le fait qu’enseigner, c’est apprendre à choisir et à utiliser les bons outils pour construire ses propres connaissances. Serait-ce alors un paradoxe de blâmer les élèves qui ne peuvent présenter de bons résultats en français lorsque l’on interdit l’accès aux outils?

Ce qu’apporte l’ordinateur dans l’apprentissage de la langue, du positif, du négatif, la balance penche de quel côté?
Je n’apprends probablement rien à personne en disant que les opinions sont partagées, certains croient que l’utilisation du traitement de textes est une façon trop facile d’outrepasser l’apprentissage des règles de grammaire, alors que d’autres croient que c’est un outil riche à exploiter. Je me concentrerai d’abord sur l’aspect positif qui, selon moi, est le plus important et généralisateur de tous les autres éléments favorables. On affirme que les situations d’écriture qui touchent le plus les élèves, celles qui les poussent le plus à s’investir sont celles pour lesquelles l’ordinateur est utilisé. C’est ce qu’écrit Pascal Grégoire, doctorant à l’Université de Montréal,

«les élèves seraient plus fiers des travaux qu’ils font à l’ordinateur et veilleraient à en améliorer davantage la qualité».

Un élément clé de la réussite est la motivation, si on réussit à y accéder, je crois qu’on peut réaliser de grandes choses, cette clé nous permet d’ouvrir des portes jusque là inconnues. De plus, l’ordinateur n’amène pas seulement le goût d’écrire, mais aussi l’engagement cognitif, c’est-à-dire la volonté de développer des stratégies cognitives notamment lors de la révision, de la correction grammaticale et orthographique (Grégoire, 2009). Ce point est important, l’argument de force de ceux pour qui la balance penche du côté négatif est que l’utilisation du traitement de textes diminue la nécessité pour les jeunes de connaître les règles de grammaire. Pourtant, comme le dit Pascal Grégoire, dans son article L’ordinateur : pour un nouvel enseignement…de l’écriture? :

«les études qui soulignent une augmentation substantielle du nombre de révisions chez les scripteurs technologiques seraient beaucoup plus nombreuses que celles où l’on n’a pas constaté de variation».

Si maintenant le vent avait tourné et que la motivation des jeunes à travailler sur la compétence à écrire passait maintenant par l’ordinateur, pourquoi ne passerions-nous pas par cette dernière pour travailler le français? Enfin, ce paragraphe tente de faire la démonstration qu’outre les avantages ou les désavantages du traitement de textes, la réussite de l’élève passe par la motivation. Comme mentionné précédemment, il est démontré que les situations d’écriture liées à l’ordinateur motivent davantage les élèves à écrire et à s’engager cognitivement conséquemment son utilisation ne peut être que positive. Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport va en ce sens et présente un projet intéressant pour travailler l’écriture, le développement personnel et la motivation, il a donné des résultats plus qu’intéressants, cette pratique a été baptisée le cybermentorat
(plus spécifiquement la rubrique : TIC et cybermentorat :une combinaison gagnante pour les élèves du 2e cycle du secondaire). Je peux alors répondre en partie à mon interrogation initiale en disant que l’utilisation de l’ordinateur amène du positif dans l’apprentissage du français, cependant, est-ce suffisant pour dire que l’arrivée de cette nouvelle technologie joue en faveur des «digital immigrants», plus spécifiquement des futurs enseignants actuels?

Peut-on affirmer que les jeunes d’aujourd’hui connaissent réellement plus de difficultés en français en se basant sur les résultats aux tests destinés aux futurs enseignants?
C’est vrai, les résultats aux tests de certification en enseignement concernant la connaissance du français ne sont pas très exceptionnels. C’est un constat, un fait, les statistiques parlent. Comme l’indique le Guide de préparation au TECFÉE:

«Le but du TECFÉE est d’évaluer la compétence langagière attendue d’une personne qui poursuit une formation universitaire en enseignement et s’apprête à assumer, entre autres, un rôle de « modèle linguistique » auprès des élèves».

Selon le MELS, la notion de compétence réfère à la

«capacité de mobiliser un ensemble de ressources (internes et externes) en vue de traiter un ensemble de situations complexes (famille)».

Le parallèle est alors intéressant : si le but du MELS, par la passation du test, est d’évaluer la compétence langagière et que, toujours selon le MELS, une compétence se définit par une capacité à mobiliser un ensemble de ressources, pourquoi alors l’évaluation se fait-elle à l’aide d’un seul outil, soit le dictionnaire et cela seulement pour une partie de l’examen? De plus, il est important de considérer que la plupart du temps les élèves rédigent leurs travaux à l’aide de supports informatiques et que lors de l’évaluation ultime, la panoplie d’outils qu’ils ont appris à utiliser n’est plus. Si on regarde les plans de cours des élèves universitaires, un grand pourcentage du cumulatif trimestriel de leurs résultats est le fruit de travaux longs, dont les exigences sont souvent une recherche documentaire complète et une présentation selon les règles de l’art, de surcroît «dactylographiée» où l’on vérifie réellement la capacité à mobilier plusieurs ressources. En effet, dans le rapport sur la Génération C (12-24 ans) publié par le CEFRIO, on dénote que 55% des jeunes utilisent Internet comme outil dans la réalisation de leurs travaux et 35% utilisent le format papier ET Internet, alors que 6% utilisent seulement le format papier. Maintenant, on leur demande de se dépourvoir de leurs outils et de revenir à la feuille et au crayon. On vérifie une compétence, qui représente la capacité à savoir choisir et utiliser les bons outils afin de construire son savoir en interdisant le recours aux outils eux-mêmes. Bien entendu, je sais qu’il est interdit de faire le présent TECFÉE à l’aide de l’ordinateur et je suis particulièrement d’accord avec cela. Je me contredis vous direz? Je suis d’accord puisque ce serait un jeu de trouver les réponses du présent TECFÉE sur Internet. Cependant, il serait probablement faisable de faire un test en ayant conscience que l’élève peut utiliser l’ordinateur et alors en adapter la complexité. Les résultats seraient-ils meilleurs? On ne peut pas le savoir, mais nous serions au moins cohérents! On évaluerait donc la compétence selon son contexte d’apprentissage. Je n’attribue conséquemment pas la faute à la non-permission d’utilisation d’outils aux échecs des élèves, mais il est logique de dire qu’il s’agit d’un facteur clé. Comme l’explique Michel Laurier, nommé doyen de la faculté des sciences de l’éducation de l’UDM en 2002, cité dans l’article de Mathieu-Robert Sauvé Le français des futurs maîtres: des exigences à la hausse:

«la situation des jeunes d’aujourd’hui quant à leur maîtrise du français n’est pas moins bonne que celle des générations d’hier».

Tout comme lui, je considère qu’une excellente connaissance de la langue pour le futur enseignant est primordiale. Cependant, le monde évolue, les approches pédagogiques sont constamment révisées et les objectifs suggérés par les différentes réformes aussi, alors le fait de conserver la même méthode d’évaluation avec pratiquement les mêmes modalités de passation joue en défaveur des générations actuelles. C’est pourquoi à la question initiale je réponds que non, nous ne pouvons pas affirmer que les élèves ont plus de difficultés en français en se basant sur les tests dédiés aux futurs enseignants puisque la façon de procéder n’évalue pas la compétence langagière en considérant la réalité du jeune d’aujourd’hui et de son parcours scolaire. Cette vision se transpose à celle de Mario Asselin dans L’apprenant comme participant à la construction de contenu:

«À ce stade-ci, il faut traiter de ceux qui ont documenté un nouveau courant de pensée qui a mené à une théorie de l’apprentissage prenant en compte l’amplitude de l’environnement numérique qui entoure les apprenants : le Connectivisme (Siemens 2005). François Guité (2004) le caractérise ainsi : « Essentiellement, le connectivisme constitue un modèle d’apprentissage qui reconnaît les bouleversements sociaux occasionnés par les nouvelles technologies, lesquels font en sorte que l’apprentissage n’est plus seulement une activité individualiste et interne, mais est aussi fonction de l’entourage et des outils de communication dont on dispose. »

Dans le mot de la rédaction du périodique Vie pédagogique de septembre-octobre 1999 on peut lire une petite histoire d'origine inconnue Le chat du guru qui amène une réflexion intéressante directement en lien avec cette partie de mon essai:

«Lorsque, chaque soir, le guru s'assoyait pour procéder à la prière, le chat de l'ashram se mettait dans le chemin et distrayait les priants. Aussi ordonna-t-il qu'on attache le chat durant la prière du soir. Longtemps après la mort du guru, on continua d'attacher le chat durant la prière du soir. Puis, quand le chat finit par mourir, on amena un autre chat dans l'Ashram, pour qu'il puisse être dûment attaché durant la prière du soir. Des siècles plus tard, les disciples du guru écrivirent de savants traités sur le rôle essentiel d'un chat dans le bon déroulement de toute prière.»

Je vous suggère ensuite de réfléchir à cette question suggérée par Pascal Grégoire dans L’ordinateur : pour un nouvel enseignement de l’écriture? :

«Le potentiel de l’outil imposerait-il un enseignement renouvelé de l’écriture?»

Somme toute, comme démontré précédemment, l’utilisation de l’ordinateur est un élément clé de la motivation dans le développement de la compétence à écrire et les futurs enseignants d’aujourd’hui ont eu à s’en servir tout au long de leur formation scolaire (sans parler de leur vie au quotidien…). Enfin, le fait d’avoir traité de l’aspect que les mauvais résultats au présent test de certification en français ne sont pas un argument considérable pour dire que les jeunes sont davantage en difficulté, a permis d’appuyer la réponse à la question initiale : le fait d’avoir grandi avec des outils technologiques, notamment le traitement de textes, ne joue pas en défaveur du futur enseignant. L’ordinateur joue en faveur du jeune d’aujourd’hui par les diverses possibilités qu’il offre et par la motivation qu’il suscite à s’investir dans le développement des connaissances en français. Ce n’est pas l’outil en tant que tel qui est défavorable à l’élève d’aujourd’hui, mais plutôt le manque de reconnaissance de son importance pour lui qui joue en défaveur de ceux qui ont adopté l’ordinateur et de ceux qui ont grandi avec lui.

Je certifie avoir respecté les règles concernant le plagiat et avoir pris soin de m'assurer de la bonne qualité de la langue, Sarah T

Références

Allard, Marie. (septembre, 2010). Tests de français : hécatombe en vue chez les futurs profs. Site Cyberpresse En ligne. http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/200909/21/01-903826-tests-de-francais-hecatombe-en-vue-chez-les-futurs-profs.php

Asselin, M. (octobre, 2010). L’apprenant comme participant à la construction de contenu. Site de l’Université du Québec En ligne. http://www.uquebec.ca/ptc/contenusnumeriques/sites/www.uquebec.ca.ptc.contenusnumeriques/files/Documents_du_colloque/T3_complet_Asselin.pdf

Brossard, L. (1999). De l’importance du pourquoi. Vie pédagogique, 112, 1.

CÉFRANC. (octobre, 2010). TECFÉE Guide préparation Le code linguistique. Site du CÉFRANC En ligne. http://www.cspi.qc.ca/cefranc/TECFEE2.pdf

Grégoire, P. (2009). L’ordinateur, une aide à la motivation à écrire. Québec français, 152, 115-116.

Grégoire, P. (2009). L’ordinateur : pour un nouvel enseignement…de l’écriture?. Québec français, 153, 102-103.

Lacoursière, A. (septembre, 2010). Examen de français pour les futurs enseignants : des questions publiées sur Facebook. Site Cyberpresse En ligne. http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201008/26/01-4310164-examen-de-francais-pour-les-futurs-enseignants-des-questions-publiees-sur-facebook.php

MELS. (octobre, 2010). La persévérance : moteur de réussite scolaire. Site du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport En ligne. http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/prprs/index.asp?page=videos

Roy, R. (septembre, 2010). Les 12-24 ans – Moteurs de transformation des organisations. Site du CEFRIO En ligne. https://www.cefrio.qc.ca/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=5286&file=fileadmin/doc_bloc_achat/rapportsynthesegenerationcfinal.pdf&t=1286718103&hash=00d56fd0c1dfdd35b6820c39a8275a32

Sauvé, M. (octobre 2010). Le français des futurs maîtres, des exigences à la hausse. Site Iforum de l’Université de Montréal En ligne. http://www.iforum.umontreal.ca/Forum/ArchivesForum/2003-2004/040209/article3187.htm

Wikipedia. (octobre, 2010). Natif numérique. Site de Wikipédia, l'encyclopédie libre En ligne. http://fr.wikipedia.org/wiki/Natif_num%C3%A9rique

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Auteur: etu40

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Commentaires (5)

Louise Roy Louise Roy ·  11 octobre 2010, 9:19:51 PM

Il faut écrire sans faute par respect au lecteur, pas pour prouver que l'on connaît la grammaire. Cela justifie de prendre tous les moyens que l'on a pour remettre un texte selon les règles de l'art.

Bravo pour cette excellente analyse!

pgiroux pgiroux ·  12 octobre 2010, 8:35:38 AM

J'ai demandé aux étudiants de s'engager par écrit à ce sujet. Disons que c'est une forme de sensibilisation ou de renforcement...

st st ·  15 octobre 2010, 11:17:31 PM

La note en gras à la fin du texte n'est pas une pratique courante lorsque j'écris, c'était seulement une demande de l'enseignant et je suis d'accord avec vous du fait que le respect du lecteur est la principale raison justifiant un travail bien corrigé.

JL-Etu31 JL-Etu31 ·  19 octobre 2010, 11:51:04 PM

Lorsque l'on réfléchit bien au fait que les situations d'écriture réalisées à l'ordinateur motivent plus les élèves et les incitent à s'investir davantage, on se rend compte que les avantages ne se font pas seulement du côté de la qualité de la révision et de la correction, mais aussi de la rédaction. Il est tellement facile de modifier un texte sans perdre de temps lorsque l'on travaille avec l'ordinateur. Les bonnes idées et les belles structures viennent souvent lorsque l'on termine la production et que l'on fait la relecture. La manipulation du texte en étant accessible permet sans aucun doute aux élèves d'améliorer la qualité de leur rédaction et leur style d'écriture. Je pense que ce point est aussi très important lorsqu'il est temps de considérer les avantages des ordinateurs. De plus, en réalisant de meilleurs textes, les élèves sont fièrs d'eux et par le fait même, plus motivés!

Sarah T Sarah T ·  21 octobre 2010, 12:10:35 PM

Excellent point JL, je suis toujours d'accord sur le fait que l'utilisation de l'ordinateur est une source de motivation de différentes façons. Cependant, suite au cours de ce matin en initiation aux technologies éducatives, le questionnement de l'enseignant à propos de la relation entre l'ordinateur et la motivation m'a fait réfléchir. Il est vrai que l'ordinateur amène plusieurs possibilités à l'élève ce qui lui permet de s'engager cogntivement, de s'appliquer, etc., mais outre cela, il faut aussi considérer les autres éléments du système qui viennent interférer dans la motivation de l'élève. Voilà, c'était le commentaire que je voulais ajouter à mon propre essai, il est intéressant de constater les réflexions que peuvent susciter les lecteurs et nous faire considérer d'autres avenues ou d'autres aspects complètement oubliés.

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