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L'EAP: une plateforme technologique comme tremplin pédagogique

L’avènement de nouvelles plateformes de recherche, d’indexation, de stockage, d’échange et de communication (et j’en passe) sur Internet aurait déjà dû déclencher l’alarme dans le milieu de l’éducation au Québec. Mais tandis que plusieurs chercheurs (Prensky, 2001, Terry Anderson, 2006, Graham Attwell, 2009, Stephen Downes, 2007) parlent d’une véritable rupture avec notre conception actuelle de l’apprentissage et, par extension, de l’enseignement, la plupart des enseignants-stagiaires apprennent encore à axer leur pratique sur la distribution de savoirs prémâchés par les auteurs d’un nombre limité de manuels soi-disant actuels. L’on dénote une incompréhension des besoins des apprenants lorsque l’on constate que pour actualiser leurs approches pédagogiques, certains enseignants emploient des manuels mieux illustrés, plus « flashs », des tableaux blancs interactifs dans le cadre d’exposés magistraux (uniquement) ou, encore, des ordinateurs qui ne sont ni connectés à Internet ni branchés en réseau. Cette vision à sens unique de l’éducation, en plus de ne pas coller avec les fondements du PFEQ, tend à perdurer dans les écoles québécoises, et l’organisation même des classes ainsi que la quasi-absence des TIC en sont les principaux témoins. À mon avis, il y a tout de même un réel effort de la part des acteurs des milieux scolaires pour s’adapter aux apprenants du 21ième siècle, mais, malheureusement, cet élan progressiste demeure freiné par des courants pédagogiques dominants dépassés. C’est en ce sens que se développe le texte Digital natives, Digital immigrants de Prensky (2001). Si l’on peut se questionner sur les preuves qui sous-tendent l’hypothèse de l’auteur, l’on ne peut s’empêcher d’attribuer une certaine pertinence à son discours : « Our students have changed radically. Today’s students are no longer the people our educational system was designed to teach ». Les grandes théories épistémologiques et pédagogiques qui structurent actuellement les interventions éducatives au Québec peuvent parfois sembler asynchrones. Dans cette optique, c’est la structure même du milieu de l’éducation qu’il faut modifier si l’on veut rendre les apprentissages scolaires pertinents aux yeux des apprenants et si l’on veut prendre en compte les profondes mutations sociales et technologiques qui ont influencé leur vision du monde. Comme le mentionne Terry Anderson (2006): « Change happens when teachers, administrators and learners make it happen ». Et bien que je ne connaisse pas l’orientation que prendra l’école québécoise dans les prochaines années, je crois qu’une meilleure intégration des TIC pourrait favoriser le passage vers un milieu scolaire authentique permettant de rendre les apprenants autonomes. D’ailleurs, L’EAP m’apparaît une plateforme technologique intéressante pour entamer ce virage.

Un EAP?

Le concept d’EAP, encore relativement récent, est entouré d’un flou définitionnel intéressant. Flou, car un Environnement d’apprentissage personnel n’est pas un logiciel en tant que tel, mais plutôt un agglomérat de différents outils que nous utilisons au quotidien pour apprendre (Graham Attwell, 2007). Ces outils sont pour la plupart technologiques et liés au monde du web 2.0 (ce qui suppose souvent un aspect social). Cet agglomérat n’est, pour l’instant, rarement supporté par une seule et même interface (ou un seul et même logiciel). En ce sens, puisqu’aucune application ne supporte entièrement l’EAP, il est plus prudent de considérer ce concept comme une approche (d’apprentissage) plutôt que comme un véritable outil technologique. Flou également puisque cet agglomérat d’outils va nécessairement varier d’un utilisateur (ou apprenant) à l’autre en fonction de ses intérêts professionnels et personnels, de son style d’apprentissage, de son expérience avec les TIC, etc. Il serait ainsi difficile de définir l’EAP en fonction de ses éléments constitutifs. Par exemple, pour un utilisateur X, l’EAP pourrait être composé d’un service de courriel, d’un traitement de texte en ligne (Google Docs), d’un service d’échange de présentatiques (Slideshare), d’un blog, d’un centralisateur de flux RSS (Google Reader), d’un service d’échange de signets (Delicio-us) et, tout simplement, d’un navigateur Web en particulier. Ce sont la combinaison de ces services et logiciels ainsi que leur utilisation particulière par l’apprenant qui forme véritablement ce que l’on peut appeler un EAP. En plus d’être logiquement le fruit des intérêts particuliers de l’utilisateur (puisqu’il est lui-même appelé à construire son EAP), cet environnement numérique combine les apprentissages formels et les apprentissages informels (Terry Anderson, 2006), et ce, surtout en raison de la multitude de contextes et de situations au sein desquels auront lieu lesdits apprentissages. Le concept d’EAP étant étroitement lié au web 2.0, il est clair qu’il comprend souvent une mutualisation des connaissances, une mise en réseau des ressources utilisées par l’apprenant, une distribution des productions individuelles et collectives et, en ce sens, une co-construction des savoirs. Pour plusieurs experts, dont Downes et Attwell, la force des EAP réside en grande partie dans leur capacité à interrelier les intérêts et les outils des utilisateurs à ceux d’autres apprenants à travers une variété de fils de distribution et de syndication. Les apprentissages faits dans le cadre d’un EAP sont pour la plupart des apprentissages sociaux et non des activités internes et individuelles (Dave Cormier, 2009).

Dans sa définition la plus simple, l’EAP est également (et évidemment) une sorte de portfolio. La plupart des logiciels d’échange permettant également aux utilisateurs de stocker, d’indexer, de reformuler et de synthétiser l’information, l’EAP agit également comme portfolio pour l’utilisateur qui désire conserver et classer ses productions individuelles, les productions collectives auxquelles il a participé ou, tout simplement, les productions de tiers utilisateurs. Dans cette optique, l’EAP devient une banque de données faite à l’image de l’apprenant puisqu’il aura lui-même dû classer l’information (indexation par mots-clés, par exemple), synthétiser les éléments trop denses, interrelier les sujets connexes, etc. Par conséquent, un Environnement d’apprentissage personnel repose sur de nombreuses technologies différentes (vidéo, audio et photographie numérique, ordinateur portable, sans-fil, etc.) et combine une multitude de services qui sont parfois liés les uns aux autres et qui permettent la plupart du temps une mutualisation des ressources et des outils avec d’autres utilisateurs du Web. C’est la très grande latitude et la très grande capacité d’adaptation aux intérêts des utilisateurs qui rend les EAP si difficiles à définir. Ce flou définitionnel est intéressant, parce qu’il suppose que la structure d’une EAP est changeante, en perpétuelle évolution. En ce sens, l’EAP est une plateforme idéale pour la formation continue, formation (ou apprentissage) qui suppose une variation dans le temps des ressources et des outils utilisés par l’apprenant. Il est aussi intéressant parce qu’il n’impose pas une vision figée des connaissances, mais plutôt une conception contextuelle et évolutive des savoirs (Downes, 2007). Et dans ce flux perpétuel et changeant de savoirs, l’on peut légitimement se demander quelle est la place de l’enseignant.

Une porte ouverte sur l’innovation pédagogique!

Si l’on se réfère à l’hypothèse de Prensky susmentionnée, l’on se rend compte que l’ampleur du clivage qui sépare les digital natives des digital immigrants peut grandement nuire à la dynamique relationnelle qui unit les enseignants à leurs élèves : « our Digital Immigrant instructors, who speak an outdated language (that of the pre-digital age), are struggling to teach a population that speaks an entirely new language. » (Prensky, 2001) En ce sens, pour des jeunes qui ont toujours eu un accès rapide à une multitude d’informations via des outils technologiques qui facilitent de plus en plus les recherches, quelle est la place d’un enseignant? En fait, et je ne vous apprendrai rien, c’est la pertinence d’un enseignant distributeur de connaissances que l’on peut réellement mettre en doute. Mais, si l’on se fie aux plus récentes recherches sur la pensée critique et l’utilisation des TIC par les jeunes (Gagnon et Giroux, 2011) ou aux recommandations de l’UNESCO (2006), le fait d’avoir accès à une multitude de sources d’informations n’assurent en rien que l’apprenant mobilisera les habiletés intellectuelles nécessaires pour classer, évaluer, synthétiser et transformer ses informations en connaissances viables et pertinentes. Ainsi, bien que les jeunes n’aient pas besoin d’un distributeur de savoirs, une pratique critique de leur part sur la toile nécessite l’intervention d’un enseignant qui saura les amener à développer différentes compétences et leur fournir les outils pour qu’ils soient en mesure de s’émanciper progressivement de son soutien pédagogique et, ultimement, de gérer de façon autonome un processus d’apprentissage continu. Si l’on revient à la presque définition d’un EAP, l’on remarque que cette plateforme technologique vise justement à faciliter la formation continue. Un enseignant soucieux de parler le même langage numérique que ses élèves (et ainsi assurer l’authenticité de ses démarches d’enseignement) et de leur permettre progressivement d’être autonome dans leur démarche de développement, peut ainsi prendre appui de multiples façons sur le concept d’EAP pour structurer ses interventions éducatives.

Voici une ébauche de ce qui pourrait être fait. L’enseignant doit devenir un tremplin dans le développement de l’EAP des apprenants. Il doit, pour ce faire, informer au préalable les élèves par rapport au concept et les amener à réfléchir sur l’EAP qu’ils ont déjà formé et sur les possibles apprentissages informels qu’ils y font tous les jours. En informant clairement les jeunes par rapport au concept, l’enseignant est plus à même de démontrer la validité d’une utilisation d’Internet dans une optique de Lifelong Learning (Atwell, 2007). Dès le primaire, l’élève devrait être mis en contact avec son EAP. Il devrait être en mesure de comprendre l’importance des apprentissages informels dans sa démarche développementale. Puisque l’enseignant ne peut construire l’EAP des apprenants à leur place, il doit leur permettre de développer les habiletés intellectuelles adéquates pour qu’ils soient aptes à trier les sources d’informations en fonction de critères pertinents, de se doter d’outils qui répondent à leurs besoins individuelles, de créer des réseaux de travail pour assurer une construction collaborative des savoirs, etc. Ces habiletés intellectuelles (que l’on peut regrouper en compétences) sont étroitement liées à la pensée critique. À mon avis, pour qu’un apprenant soit capable d’utiliser et de structurer les outils technologiques mis à sa disposition dans Internet et de les interrelier pour en faire un EAP, il doit d’abord posséder un ensemble d’habiletés qui lui permettent de les évaluer. Cette évaluation critique suppose un apprentissage via des SEA ciblant précisément des habiletés intellectuelles telles que synthétiser, juger en fonction de critères, déduire, formuler des hypothèses, valider ses hypothèses en fonction de diverses sources et j’en passe, et ce, dans un contexte d’utilisation active (c'est-à-dire par les apprenants) des TIC en classe.

Au-delà de ces préoccupations quant à l’utilisation adéquate des outils technologiques par les élèves, l’EAP est une véritable porte ouverte sur l’innovation pédagogique. Une fois que les apprenants et, bien sûr, l’enseignant sont conscientisés des possibilités d’apprentissage continu offertes par l’EAP, cette plateforme technologique adaptable peut devenir une partie importante des SEA vécues en classe et même du projet éducatif d’une école. Selon cette logique, un blogue créé dans le cadre d’un cours de français au sein duquel les élèves doivent proposer des synthèses d’articles journalistiques pourrait facilement être réutilisé dans un cours d’histoire ou d’éthique et culture religieuse par exemple (pour commenter les synthèses en fonction de compétences ou de savoirs disciplinaires précis). De plus, l’EAP suppose un décloisonnement des apprentissages face à l’environnement strict de la classe. Des élèves d’autres niveaux pourraient donc être invités à participer aux échanges en ligne, ce qui deviendrait une source de motivation intéressante. Selon cette même idée, des apprenants ayant participé au blogue lors d’une année passée pourrait continuer à commenter les articles des autres élèves ou à proposer des synthèses. En invitant les apprenants à développer leur EAP et en leur proposant des outils technologiques à y intégrer, l’enseignant est plus à même de décloisonner les apprentissages faits en classe et de les rendre authentiques. Ceci n’est qu’un exemple parmi des milliers. Ce qui m’apparaît clair, c’est que l’EAP peut devenir une plateforme convergente où les apprenants et les enseignants regrouperaient des sources d’informations, des outils de recherches, des logiciels d’échange et de communication dans une perspective d’apprentissage éclatée (multidisciplinaire, formel vs informel, etc.) et continue. Et même si la liberté permise par ce type de plateforme technologique peut faire peur, l’enseignant n’a pas à craindre autre chose qu’un plus grand intérêt et un investissement à plus long terme des élèves par rapport aux apprentissages faits en classe. Il n’en demeure pas moins que le concept d’EAP est relativement récent et, pour qu’il puisse prendre place dans les milieux scolaires du Québec, certaines limites devront être surmontées.

Malgré certaines lacunes…

Bien qu’un environnement d’apprentissage centré sur l’apprenant et permettant une évolution rapide des savoirs et des services en ligne paraisse approprié pour les digital natives qui « are used to receiving information really fast. They like to parallel process and multi-task. They prefer their graphics before their text rather than the opposite. They prefer random access (like hypertext). They function best when networked. They thrive on instant gratification and frequent rewards. They prefer games to “serious” work. » (Prensky, 2001), des aspects de l’EAP font encore douter certains experts, et ce, plus spécifiquement par rapport à son opérationnalisation. D’abord, puisque le champ d’activité d’un EAP peut être extrêmement diversifié (autant par rapport aux contenus qu’aux systèmes qui les structurent), cela va nécessiter des utilisateurs (ou de futurs systèmes agglomérants) qu’ils soient en mesure de gérer un nombre important d’un structures numériques hétérogènes (blogue, traitement de texte, navigateur Web, moteur de recherche, etc.), et ce, en fonction de profils d’utilisateurs variés, ce qui peut rendre l’utilisation quotidienne de l’EAP chaotique et complexe, malgré les mécanismes de syndication et de réseautage qui facilitent l’accès à l’information. Comme l’explique clairement un groupe de chercheurs de l’université de Bolton, « the PLE is not a single piece of software, but instead the collection of tools used by a user to meet their needs as part of their personal working and learning routine. So, the characteristics of the PLE design may be achieved using a combination of existing devices (laptops, mobile phones, portable media devices), applications (newsreaders, instant messaging clients, browsers, calendars) and services (social bookmark services, weblogs, wikis) within what may be thought of as the practice of personal learning using technology. » (Wilson et al.). Vu sous cet angle, pour que l’EAP supplante le modèle éducatif dominant actuellement le monde des TIC (Learning Management System), ses développements futurs devront axer sur des technologies ou des techniques qui pourront assurer une coordination simplifiée des différents services, logiciels et outils technologiques qui le composent. De surcroît, l’EAP possède des frontières souples qui peuvent nuire au processus d’apprentissage en rendant difficile la recherche d’informations précises. La multitude de contextes d’apprentissage et de ressources auxquels l’EAP donne accès risquent de freiner l’intérêt des utilisateurs, et ce, malgré l’acquisition d’habiletés leur permettant de trier l’information. Selon Wilson et al., ce problème pourra éventuellement être surmonté à travers l’aspect social des EAP. En misant sur le partage de commentaires, de signets, de « tags » comme autant de techniques collaboratives d’épuration des ressources du Web et en permettant le partage automatique des critiques et des évaluations, Les utilisateurs/développeurs d’EAP seront plus à même de faciliter leur démarche continue de formation et celle des autres. Alors, la structure même de l’EAP, qui se base sur une évolution progressive via une collaboration des différents utilisateurs du Web, permettra ultimement de surmonter les limites de cette plateforme technologique. Il n’y a donc aucune raison pour que ces lacunes mineures d’opérationnalisation nuisent à l’intégration des EAP dans l’univers scolaire du Québec.

J’aimerais conclure cette brève incursion dans le monde des Personnal Learning Environment en notant que, malgré le flou définitionnel qui entoure encore le concept et malgré les lacunes d’opérationnalisation et de coordination que l’on peut lui attribuer, il n’en demeure pas moins que cette nouvelle plateforme technologique offre aux enseignants d’être plus près que jamais des intérêts de leurs élèves. Puisque l’Environnement d’apprentissage personnel suppose une agglomération d’une multitude de services et de logiciels en lien avec le Web 2.0, il ne peut qu’être un outil pédagogique intéressant pour relier les apprentissages scolaires aux apprentissages pratiques des apprenants. D’ailleurs, dans une perspective d’adaptation scolaire, l’utilisation des EAP pour structurer, à tout le moins partiellement, les activités d’apprentissage en classe semble plein de promesse. En conscientisant les apprenants à l’importance de se construire un EAP, en leur proposant des logiciels et des services en ligne et en leur permettant de développer l’exercice d’une pensée critique et autonome sur Internet, les enseignants sont plus à même d’aller au cœur de l’univers numérique des digitals natives, de cibler rapidement leur style d’apprentissage et de s’y adapter plus efficacement. Évidemment, l’EAP n’est pas une révolution éducative en soi, mais nous pouvons faire le pari qu’une utilisation pédagogique intelligente de cette plateforme pourrait permettre de faire de notre système éducatif un système adapté aux besoins des jeunes de la nouvelle génération.

Étienne Bouchard, étudiant au bac en enseignement secondaire

etu1

Auteur: etu1

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Commentaires (7)

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  14 juillet 2011, 8:07:42 AM

Bonjour Étienne,

Très bel essai. Très intéressant et bien documenté. Il témoigne que tu as exploré les textes proposés et que tu as tenté de faire des liens entre les textes, mais aussi entre les différents sujets abordés ensemble. Je crois que c'est ton meilleur travail du trimestre. Bravo!

Tu as bien assez cerné le concept d'EAP. Tu as raison lorsque tu proposes qu'"il est plus prudent de considérer ce concept comme une approche (d’apprentissage) plutôt que comme un véritable outil technologique". Ce ne serait pas une bonne idée de tenter de créer un outil unique pour soutenir les EAP. Derrière l'idée des EAP, il y a l'importance de l'individu, son caractère unique et l'idée qu'il faut respecter cette unicité. Ramener le concept d'EAP à un seul outil pour toute une classe (par exemple) équivaudrait à renier le caractère individuel de l'apprentissage.

Par contre, par la suite, je crois que tu n'as pas su aller au fond des choses et mettre en pratique ou intégrer cet élément important. Je déplore que tu considères ou utilises comme équivalent "formation continue" et "apprentissage continu". Le premier est historiquement tellement chargé de pratique unidirectionnelle, de méthode dirigiste et de stratégies contrôlantes qu'il ne peut être associé aux EAP ou être utilisé comme synonyme d'apprentissage continu. Dans le futur, il faut intégrer plus complètement qu'un EAP n'est pas une stratégie de "formation continue", mais plutôt un engagement à apprendre quotidiennement et des outils qui permettent cela. Il y a beaucoup de différences entre s'engager à suivre une formation continue et s'engager à apprendre quotidiennement, tout au long de la vie...

Qu'en penses-tu?

Si l'EAP est une approche d'apprentissage singulièrement individuelle, qu'est-ce que ça change au rôle de l'enseignant? Est-ce que le titre même d'enseignant convient encore? Il faudrait peut-être un autre vocable.

Bonnes vacances!

André Cotte André Cotte ·  14 juillet 2011, 11:42:52 AM

Merci de m'avoir initié au concept d'EAP. Si j'ai bien compris, pour l'instant, cela reste un concept que chacun peut réaliser en sélectionnant ses outils numériques et en essayant de les faire communiquer plus facilement.

Une plateforme, comme tel, qui aurait sélectionné des outils pour nous et leur permettrait d'échanger des données n'existe pas encore.

Bonne journée

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  14 juillet 2011, 11:50:41 AM

Et je ne crois pas qu'une telle plate-forme soit souhaitable... Le but souhaité est de continuer à apprendre, quotidiennement, toute la vie...

André, je te recommande cette vidéo de Stephen Downes: http://vodpod.com/watch/214432-web-...

Gael PLANTIN Gael PLANTIN ·  14 juillet 2011, 12:45:39 PM

Deux réactions après lecture :

  • Internet est une source d'informations, pas de connaissances : selon moi, la connaissance est une information intériorisée. L'EAP, étroitement lié au WEB2.0 ne saurait dispensé autre chose que de l'information.

Certes, l'agencement des ressources proposées par l'enseignant au travers de l'EAP révèle une volonté de proposer plus que de l'information, mais, il n'en est rien tant que l'apprenant ne se l'approprie pas.

En revanche, les fonctionnalités offertes par l'EAP, peuvent inciter (comme l'enseignant en pédagogie classique) à re-travailler l'information disponible. De ce fait, il peut y avoir non seulement acquisition de connaissances, mais aussi de savoir-faire, ces derniers issus des réflexions mises en oeuvre pour sélectionner et combiner les fonctionnalités de l'EAP.

  • Il ne faudrait pas que "l'agglomération d’une multitude de services et de logiciels en lien avec le Web 2.0" soit un frein à l'apprentissage en introduisant trop de distance entre l'apprenant et l'objet de son apprentissage.
jchwiart jchwiart ·  14 juillet 2011, 12:55:43 PM

Arrivé sur ce document au hasard de ma présence sur google+ et de mes "fouilles sur internet"

Merci également pour ce document qui me semble très clair.
C'est vrai que "formation continue" est chargé d'histoire mais il me semble pour autant que le concept est bien compris comme une formation qui se continue ou qui n'est pas hermétiquement séparée des autres temps d'une vie. ça mériterait de travailler sur une formulation originale mais aucune ne me vient.
Sur la phrase "nous pouvons faire le pari qu’une utilisation pédagogique intelligente de cette plateforme pourrait permettre de faire de notre système éducatif un système adapté aux besoins des jeunes de la nouvelle génération."
Je pense qu'on peut étendre à d'autres générations.. et puis; On aurait pu rajouter l'espoir que tous les enseignants et les autorités sauront faire ce pari..

merci encore ..
JCW

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  15 juillet 2011, 9:07:27 AM

Sur Google+, Gael a édité son commentaire pour ajouter une référence qui semble intéressante. Je l'ajoute ici après lui avoir demandé...

Début
Lu après et me semble-t-il complémentaire :
10 Ideas to Help You Prepare for Teaching in a 1:1 Classroom (http://www.freetech4teachers.com/20...)

1. Not all teenagers are digital natives.
2. The computer itself is not going to create student engagement.
3. Teaching with technology is a heterogeneous experience.
4. It takes longer than you think to get a room full of students on the same webpage.
5. You should keep a list of students' usernames and passwords.
6. Murphy's Law is strongest the first few times you try to teach 1:1
7. Close and Focus.
8. Project design is still about the content.
9. Better to stand behind students than in front.
10. Network administrators are not always up to date on Web 2.0 from the end-user perspective. (There's a difference between hardware people and software people).

Fin

Étienne Bouchard Étienne Bouchard ·  17 juillet 2011, 11:01:48 AM

Merci à tous pour vos commentaires.

D'abord, je crois que M. Giroux apporte une nuance importante entre deux termes que l'on a souvent tendance à confondre. Mais, plutôt que de balayer du revers de la main le terme "formation continue", terme d'ailleurs très utilisé par le MELS pour souligner l'importance d'une démarche de développement professionnel à long terme (voir compétence 11 du référentiel des compétences professionnelles de la profession enseignante), il serait à mon avis plus sage de le redéfinir dans une perspective de décloisonnement. À mon avis, les deux termes ne s’équivalent pas, mais se complètent. Si les apprentissages quotidiens dans une multitude de contextes sont essentiels au développement de l’apprenant, ces apprentissages doivent être organisés au sein d’un tout. Ce processus d’organisation fait, à mon avis et selon les propositions définitionnelles du TLFi, partie d’une démarche de formation continue (qui n’est pas considérée ici comme un processus relié à un domaine et à des méthodes pédagogiques spécifiques). Et, en laissant de côté les pratiques dominantes de formation continue, l’on se rend compte que cette démarche chapeaute (ou devrait chapeauter) l’apprentissage continu en lui donnant une forme particulière, en orientant les apprentissages en fonction d’objectifs individuels et collectifs et en les organisant pour permettre à l’apprenant de modeler son identité.

J’aimerais également réagir au fait que vous mentionnez que l’EAP est « une approche d’apprentissage singulièrement individuelle ». Je ne le vois pas sous cet angle. Il est clair que cette approche suppose que l’apprentissage est une construction de l’apprenant, mais rien ne semble m’indiquer que les apprentissages doivent se faire de façon individuelle. D’ailleurs, et j’en profite par la même occasion pour réagir au commentaire de M. Plantin, pour que les informations disponibles au sein d’un EAP puissent être intériorisées, il faut des interventions pédagogiques intelligentes qui visent l’autonomisation de l’apprenant et l’acquisition d’habiletés intellectuelles liées à la pensé critique. Il faut aussi l’intervention des pairs ayant une vision différente de l’information, et ce, dans un contexte de confrontation des points de vue, de coopération et de co-construction des savoirs. En ce sens, l’EAP m’apparaît comme une agglomération de données brutes qui, sans l’intervention d’un facilitateur expérimenté (l’enseignant) et d’autres apprenants, ne permet pas aux élèves d’effectuer des apprentissages viables et authentiques. Cela suppose donc un apprentissage social, à tout le moins en partie. Le rôle de l’enseignant est évidemment appelé à changer au fil des prochaines années, et ce, justement vers une perspective de facilitation du processus d’apprentissage. À mon avis, le vocable d’enseignant convient encore. Toutefois, les enseignements ne doivent plus être liés entièrement aux connaissances, mais plutôt viser le développement de savoir-faire (comme le mentionne M. Plantin). Il m’apparaît étrange, encore aujourd’hui, d’insister sur cet aspect important de l’éducation, puisque ce virage aurait dû être amorcé depuis le Renouveau pédagogique, renouveau qui commence déjà à se faire vieux.

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