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Une génération de mutants

Michel Serres, philosophe et historien, s'exprime à propos des jeunes d'aujourd'hui. «Soyons indulgents avec eux, ce sont des mutants», implore-t-il.


(Photographie provenant de l'article. Michel Serres, mars 2010, AFP.)

Il explique que le monde est actuellement bouleversé par des changements aussi importants que ceux qui ont marqué l'Antiquité, que les jeunes sont obligés de tout réinventer dans une société bouleversée par les nouvelles technologies.

Pour les québécois, c'est la génération C, celle qui communique, collabore... Pour Prensky, c'est les "digital natives" ou ceux qui sont tombés dedans quand ils étaient jeunes. Pour d'autres, il s'agit des "millenials". Michel Serres, lui, baptise cette génération Petite Poucette, pour sa capacité à envoyer des SMS avec son pouce.

Il explique ensuite en quoi ces jeunes sont des mutants.

Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux grandes révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. La troisième est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies, tout aussi majeure. Chacune de ces révolutions s’est accompagnée de mutations politiques et sociales : lors du passage de l’oral à l’écrit s’est inventée la pédagogie, par exemple. Ce sont des périodes de crise aussi, comme celle que nous vivons aujourd’hui. La finance, la politique, l’école, l’Eglise… Citez-moi un domaine qui ne soit pas en crise ! Il n’y en a pas. Et tout repose sur la tête de Petite Poucette, car les institutions, complètement dépassées, ne suivent plus. Elle doit s’adapter à toute allure, beaucoup plus vite que ses parents et ses grands-parents. C’est une métamorphose !

Michel Serres explique ensuite à sa manière à quel point le savoir évolue actuellement trop vite et la charge que ça impose à l'école. Il parle aussi de l'évolution de la langue, mais j'ai choisi un exemple à propos des sciences.

A la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70% de ce qu’il avait appris sur les mêmes bancs vingt ou trente ans plus tôt. Elèves et enseignants vivaient dans le même monde. Aujourd’hui, 80% de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Et même pour les 20% qui restent, le professeur n’est plus indispensable, car on peut tout savoir sans sortir de chez soi ! Pour ma part, je trouve cela miraculeux.

Il commente et critique ensuite le système scolaire, mais surtout les dirigeants... Il propose que des réformes soient nécessaires.

Il faudrait de profondes réformes dans toutes les institutions, mais le problème, c’est que ceux qui les diligentent traînent encore dans la transition, formés par des modèles depuis longtemps évanouis.

Plus loin dans le texte, alors qu'il vient tout juste de commenter le politique, il décrit cette nouvelle génération du point de vue de l'appartenance culturelle et souligne un impact des réseaux sociaux et, plus loin, l'importance d'Internet dans nos relations.

Ma Petite Poucette a des amis musulmans, sud-américains, chinois, elle les fréquente en classe et sur Facebook, chez elle, partout dans le vaste monde. Pendant combien de temps lui fera-t-on encore chanter «qu’un sang impur abreuve nos sillons» ?

Rendez-vous compte que la planète, l’humanité, la culture sont à la portée de chacun, quel progrès immense ! Nous habitons un nouvel espace… La Nouvelle-Zélande est ici, dans mon iPhone ! J’en suis encore tout ébloui !

C'est un texte très intéressant... Je le recommande chaudement!

pgiroux

Auteur: pgiroux

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Commentaires (1)

Alian Alian ·  02 février 2013, 9:44:32 AM

Que dire de la pertinence de ce texte pour un Baby Boomer qui vient d'atterrir, à titre d'enseignant suppléant en mathématiques et en sciences, sur la planète de l'enseignement secondaire?
Un univers de différences avec ma propre formation secondaire (1966-1970), avec l'enseignement universitaire et collégial avec lequel je suis plus familier mais aussi entre 2013 et 1997 lors de mes dernières interventions au niveau universitaire. Je peux toutefois compter sur la collaboration d'enseignants de carrière au secondaire ainsi que sur celle de plusieurs ressources spécialisées très branchées sur la réalité des représentants de la génération C. Il y a de quoi être quelque peu rassuré et réalistement optimiste

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