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La réponse est souvent dans la question... (Ma contribution à la table ronde de Clair 2012)

Un de mes enseignants du primaire m'a appris que, pour bien répondre à une question, il valait souvent mieux bien lire la question et la réutiliser. La réponse s'y trouvait souvent, Sinon, on y trouvait souvent tous ce qui était nécessaire pour bien formuler la réponse... J'ai été à l'école longtemps (primaire, secondaire, collégial, bac, maitrise et doctorat) et j'ai répondu à des milliers de questions dans des tests, des devoirs, des laboratoires, des exercices... Avec le recul, je crois pouvoir dire que c'est l'un des meilleurs conseils qu'on m'ait donnés à l'école ou à propos de l'école! Ce conseil était TRÈS utile et pertinent dans le contexte pédagogique dans lequel j'ai évolué...

Vous comprendrez que, par habitude, j'ai passé passablement de temps à lire les questions et le préambule proposés par le comité organisateur... Je cherchais LA réponse! Qu'est-ce qu'ils veulent entendre? Par contre, plus je cherchais, plus je développais un malaise... La référence au 21e siècle me semblait de moins en moins importante. Il m'apparaissait de moins en moins pertinent de penser au futur... Pour bien comprendre, vous aurez besoin du préambule: (La description entière de la table ronde est disponible sur le wiki de clair 2012.)

Une éducation de qualité procure un sentiment de pertinence en plus d’outiller avec l’équipement cognitif nécessaire pour un monde meilleur. Les TIC modifient les notions de distance et de temps et rabattent les murs de la salle de classe afin d’ouvrir celle-ci au monde entier. Une intégration judicieuse des TIC dans un écosystème de l’apprentissage doit être une responsabilité partagée par TOUS les intervenants en éducation. L’intégration pédagogique des TIC trouve toute sa place dans la mesure où nous ne savons pas ce que nous réserve l’avenir, ce que seront les métiers de demain et si nous préparons convenablement les jeunes sur ce qu’ils doivent savoir. L’enseignant d’aujourd’hui doit guider les élèves à développer les compétences qui lui seront nécessaires pour la vie. Les TIC sont des alliés dans cet immense défi pour aider l’élève à devenir un citoyen responsable.

Afin d'être congruent avec tous ces changements, diverses actions cohérentes seront nécessaires sur plusieurs plans, entre autres les programmes d'études, la dimension communautaire, la pédagogie et l’enseignement, l’évaluation des apprentissages, l’organisation physique et administrative de l'école, les choix technologiques, etc.

La découverte du décalage...

En étudiant le préambule, j'ai constaté que nous, les pros-TIC, faisons ou permettons des erreurs d'appréciation en apparence banales, mais qui faussent complètement nos capacités à décider de quelles directions prendre. À quelques parts, les prémices à nos raisonnements et questionnements sont souvent erronées ou pas suffisamment justes.

En y repensant, j'ai même constaté que c'est assez fréquent.

Ainsi, dans les discussions à propos des TIC et de la pédagogie, il me semble que l'on parle trop souvent de « ce qui est » comme si c'était « ce qui sera » (ou vice et versa). Parfois, notre erreur consiste à parler de « ce qui n'est pas et devrait l'être aujourd'hui » comme de « ce qui sera dans plusieurs années »... Il arrive aussi fréquemment que l'on fasse exactement le contraire et parle « de ce qui n'est pas encore sauf dans quelques exceptions » comme si c'était « ce qui est réellement et partout ». Bref, il me semble que l'on fait souvent des erreurs d'appréciation et celles-ci sont fréquentes et tellement importantes quand on tente de répondre à une question aussi essentielle que « Quelles directions prendre? ».

Ainsi, la première phrase du préambule débute par

Une éducation de qualité procure un sentiment de pertinence....

C'est, en apparence, un énoncé on ne peut plus vrai. C’est un fait!

Est-ce vraiment le cas? Parce que sinon, notre réflexion débute bien mal...

La recherche a effectivement démontré de plusieurs façons que les situations d'apprentissage signifiantes qui sont ancrées dans la vie réelle de l'apprenant, touchent à ses intérêts personnels et le place dans une situation réelle où les connaissances et compétences à développer sont utiles immédiatement, voire même nécessaires, sont les plus efficaces. D'ailleurs, toutes les situations d'apprentissage auxquelles j'ai pensé en tentant de répondre à la troisième sous-question proposée par le comité responsable de la table ronde étaient pertinentes pour moi, en tant qu'apprenant et en fonction de mon développement du moment. Elles étaient centrées sur moi, mes besoins, mes intérêts du moment... Voilà « quelque chose qui est »! C'est un fait. Plusieurs recherches le démontrent... Mais est-ce concret? Pour moi, quand je pense aux écoles et aux classes que je visite ou que mes filles fréquentent, c'est souvent plus « quelque chose qui n'est pas vraiment, mais devrait l'être» qu'une réalité. Et vous? Dans votre milieu? Autour de vous?

À mes yeux, ça ne s'arrange pas beaucoup quand on considère la fin de la phrase qui propose, qu'en plus d'être pertinente, une éducation de qualité doit aussi

...outiller avec l’équipement cognitif nécessaire pour un monde meilleur.

Ainsi, selon cette première phrase, une bonne éducation est axée sur le développement de compétences. C'est du moins ce que moi je comprends... Pour moi, on fait ici référence à des compétences transversales et disciplinaires nécessaires pour apprendre pour le reste de la vie. Or, pour plusieurs autres, on fait plutôt ici référence à un bagage de connaissances définies. Je prends pour preuve les reculs réguliers et importants qu'a connus le programme de formation de l'école québécoise depuis 2001. Bref, nous ne sommes définitivement pas encore tous d'accord sur ce qu'est « l'équipement cognitif nécessaire ». C'est une zone encore un peu brumeuse des savoirs relatifs à l'apprentissage. Ce n'est pas encore quelque chose d'évident, « quelque chose qui est »...

En continuant ainsi de lire le préambule, je lis que les « TIC modifient les notions de distance et de temps et rabattent les murs de la salle de classe afin d’ouvrir celle-ci au monde entier. » Pour moi, comme pour certains d'entre vous, c'est encore un fait. C'est « quelque chose qui est » déjà, aujourd'hui. Malheureusement, ce n'est pas vrai. C'est plutôt « quelque chose qui devrait être », mais ne l'est pas encore! Pour un très grand nombre de personnes, éducateurs et autres, ce n'est pas encore clair. Beaucoup de futurs enseignants, d'enseignants et de parents que je rencontre ne sont pas encore capables d'imaginer une situation pédagogique signifiante dans laquelle les « TIC modifient les notions de distance et de temps et rabattent les murs de la salle de classe afin d’ouvrir celle-ci au monde entier. » Ils ne pensent souvent même pas encore que ce soit nécessaire ou utile d'ouvrir la classe...

Quelles directions prendre alors?

On lit plus loin que les TIC sont des alliés qui peuvent aider les enseignants à « guider les élèves à développer les compétences qui lui seront nécessaires pour la vie ». Là encore, ce n'est pas un fait, du moins pas pour tous... Car pour admettre cela, pleinement le comprendre et le concrétiser en « quelque chose qui est », il faut avoir déjà réalisé l'importance des réseaux aujourd'hui, comprendre et accepter les changements qu'ils catalysent chez les jeunes, maitriser ces outils suffisamment pour en apprécier la flexibilité et les différents potentiels actuels, etc. Or, dans mon travail quotidien, je rencontre beaucoup de gens qui n'appréhendent pas encore les réseaux et les technologies à leur juste valeur. Le potentiel des TIC pour l'enseignement les dépasse toujours et, pour eux au moins, ce n'est pas encore « quelque chose qui est »...

Dois-je continuer?

Quelles directions prendre?

Pour moi, la voie est toute tracée...

Je ne crois pas que ce soit d'intérêt aujourd'hui de tenter de réaliser le modèle pédagogique du 21e siècle, car le modèle pédagogique qui aurait dû être hier et devrait être aujourd'hui n'est pas encore complètement en place pour beaucoup trop d'apprenants. Concentrons-nous sur aujourd'hui, sur les petits gestes que l'on peut faire maintenant pour catalyser le changement, pour que ce qui devrait être soit le plus rapidement possible...

Quelles directions prendre? Soyez des virus, hyperactifs et contagieux! (Ça, c'est inspiré de M. Canuel!) Soyez le changement que vous souhaitez voir! (selon Jacques Cool, c'est de Gandi!) Soyons de bons leaders. Continuons de poser des gestes quotidiens pour concrétiser l'éducation qui corresponde à la réalité d’aujourd’hui plutôt qu'à celle d'hier... Continuons, par exemple, d'expliquer aux parents, enseignants, administrateurs et politiciens la pertinence d'une approche par compétences dans laquelle les jeunes acquièrent des connaissances qu'ils apprennent à manipuler/utiliser/maitriser/lier... Continuons aussi de la mettre en pratique et de donner des preuves de plus en plus convaincantes de son utilité et de sa pertinence. faisons aussi la même chose en ce qui a trait aux technologies.

À court terme, peut-être réussirons-nous à concrétiser l'éducation d'aujourd'hui!

Ce n'est pas gagner d'avance! :-( Mais ensemble, peut-être...


*** J'ai choisi de classer ce billet dans la catégorie "Réforme" parce qu'il parle de changements nécessaires à mes yeux...

pgiroux

Auteur: pgiroux

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Commentaires (1)

Jacques Cool Jacques Cool ·  15 février 2012, 10:45:10 AM

Merci pour ce billet, Patrick.

À titre d'auteur de ce préambule, avec le petit comité de la table ronde (comité, pas chevaliers), ton analyse me permet de revoir l'écriture d'un texte qui voulait, de façon succincte, installer le «mind-set» des gens pour la discussion. Le défi que nous avions était de présenter quelque chose de suffisamment générique afin que tous, peu importe leur provenance ou leur contexte/réalité de travail, puisse avoir quelque chose à dire. Et tu l'as fait très bien ;-)

C'est vrai qu'il faut faire attention aux généralisations. Toutefois, l'expression d'une idée est toujours teintée par son vécu, son bagage d'expériences, et ses vues sur le monde. Puisque Clair 2012 n'est pas un colloque «scientifique» mais bien le croisement de praticiens, visionnaires et chercheurs, le comité a rédigé ces quelques lignes sans en faire une publication scientifique. Certains éléments parviennent, je l'admets, d'un billet de blog (pas une publication arbitrée) que j'ai écrit en mars 2010 http://zecool.com/2010/03/29/les-ti... (et qui reste le billet le plus visionné sur mon blogue, depuis 2004). Des références parsèment ce billet.

Ce que je cherche à dire surtout, à la lumière de ton analyse, c'est que oui, certains éléments surpassent le fait. J'ai surtout sourcillé quand tu écris : «...je lis que les « TIC modifient les notions de distance et de temps et rabattent les murs de la salle de classe afin d’ouvrir celle-ci au monde entier. » Pour moi, comme pour certains d'entre vous, c'est encore un fait. C'est « quelque chose qui est » déjà, aujourd'hui. Malheureusement, ce n'est pas vrai. C'est plutôt « quelque chose qui devrait être », mais ne l'est pas encore »

OK, pas de point de bascule encore, il est vrai, mais oui, ce l'est déjà en certains endroits. Dans mon parcours personnel/professionnel, ce l'est depuis le début des années 2000.

En 2005, notre enseignante d'Espagnol en ligne (qui était d'ailleurs à Clair2012), Cenia, enseignait son cours au secondaire à des élèves (à distance), eh bien, elle enseignait quotidiennement ses élèves à partir de Tegucigalpa Honduras : partage de ses photos du marché local, entrevues avec membres de sa famille via Skype, et j'en passe. Des situaitons d,apprentissage d'une langue dans un contexte très authentique et signifiant pour les élèves qui ont su créer des liens avec des gens là-bas.

Et cette fois en 2006 je m'adressais aux élèves aux étudiants d'Yvan (prof d'Astronomie, cours à distance) : j'étais à Bucarest, connecté avec sa classe via le web et je leur pointais la webcam vers ce groupe ahurissant de danseurs de la Côte-d'Ivoire, au 11e Sommet de la Francophonie. Idem en 2010 à Montreux (avec Danis Michaud, Bernard Manzerolle et leurs élèves). Et j'en passe. Voyez ce qui se passe dans l'iClasse de Pierre Poulin, de ce que les élèves du CAHM nous ont dit avec confiance, le vendredi 10 février : on en veut plus!

En passant, ce qui est peu su dans le mode de l'éducation, c'est que la formation à distance est un berceau IMPORTANT d'innovations technopédagogiques déjà réalisées, pouvant profiter à tous les enseignants et élèves, en f.-à-f. ou à distance.

Mon point, Patrick, est que nous avons DÉJÀ des manifestations de murs de salle de classe rabattus (j'en vois passer à tous les jours dans ma timeline Twitter, dont beaucoup, il est vrai, sont du monde anglophone...). Si des enseignants n'ont pas conscience de cette nouvelle réalité, c'est qu'il faut donner raison à Jean Cocteau, qui citait, au siècle dernier :

«Il n'y a pas de précurseurs, il n'y a que des retardataires.»

Il est là, le sentiment d'urgence d'agir. Il est là, la raison pourquoi je déplore la grande absence des décideurs à des évènements comme Clair 20xx. Mais, je me console en me disant que le point de bascule VA survenir, comme printemps arabe de l'éducation.

Merci de m'avoir donné l'occasion d'apprendre quelque chose de nouveau à la lecture de ton billet et à l'organisation de mes pensées dans la rédaction de ce commentaire :-)

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