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Les étudiants, la grève, les TIC et le gouvernement Québécois

Le mouvement de grève des étudiants et les réactions de notre "gouvernement" touchent à tous les éducateurs. Je juge maintenant impossible de passer à côté, surtout qu'il y a des exemples intéressants d'utilisation des TIC ou des exemples de personnes qui ont su profiter des caractéristiques de certains outils...

D'abord, clarifier ma position... Toute ma position!

Idéologiquement, je suis plutôt au centre.

Je crois que les étudiants devraient assumer une juste part des frais associés à leur formation. À mes yeux, cela n'empêche pas que l'État (donc moi et les autres citoyens) finance la plus grosse partie des couts puisqu'ils seront ainsi en bonne position pour contribuer à la société. D'une façon ou d'une autre (grâce aux prêts et bourses ou un cout variable), je serais aussi plutôt en faveur que cette "juste part" soit modulée selon le revenu des jeunes et de leur famille. Cela me semble nécessaire pour confronter les jeunes avec leurs choix; sortir le soir pour prendre quelques verres ($) ou économiser et étudier pour un cours qui devrait avoir à mes yeux une certaine valeur ($); m'acheter une voiture neuve ($) ou payer mes frais d'université ($)... Vous voyez le genre. Oui, je sais, certains de nos étudiants doivent conduire pour venir à l'université puisque les services de transport urbain au Saguenay ne sont pas très pratiques. Ils ont donc besoin d'une voiture fiable. Mais est-ce que ça doit absolument être une Acura, une Subaru Impreza, une Volks GTI ou une Mitsubishi Lancer version Rally? Entre vous et moi, il y a une marge... Mais tout cela demeure une question idéologique, la part que les étudiants paient de leur étude demeure minime et l'État pourrait probablement faire le choix de la gratuité comme celui de l'utilisateur-payeur. Ce n'est vraiment qu'une question d'idéologie économicopolitique. Perso, je choisi le centre parce que certains étudiants exagèrent et m'écoeurent quand ils manquent le cours avant ou après la mi-session pour aller dans le sud, quand ils conduisent une voiture que je n'ai raisonnablement pas les moyens de me payer considérant mes 12 ans d'université et ma situation familiale... Je sais, c'est plate pour les 90% qui sont raisonnables et que leurs parents doivent aider, mais c'est la vie en société. C'est pour cela que je suis au centre. Je ne serais pas capable d'endosser un système ou l'utilisateur doit tout payer. Ça me semble rétrograde sur le plan sociétal.

Pour bien comprendre ma position, il faut aussi prendre en compte ma conception de ce qu'est une université et du rôle du gouvernement...

Pour moi, une université est une maison du savoir. La raison d'être de l'université est de produire et de transmettre le savoir. Je suis de ceux qui croient fermement qu'on ne peut laisser le privé entièrement responsable de la recherche et du développement de la connaissance. Il y a trop de domaines de savoirs qui seraient négligés, parce que pas rentables maintenant. Une université se distingue donc d'une entreprise qui offre de la formation et ne peut donc pas être entièrement jugée selon les mêmes critères. À ce niveau, j'assiste de plus en plus à un dérapage de moins en moins contrôlé de la gestion de nos universités. Les signes sont nombreux qui indiquent que l'on tente de transformer l'université... Les étudiants sont devenus des clients. On nous répète que les chargés de cours coutent moins cher. (Oui, mais la recherche? Et le service aux collectivités?) On enlève ou diminue les critères d'admission en nous parlant de rentabilité et en nous disant à mots à peine cachés que si les étudiants ne sont pas tous suffisamment compétents, on a qu'à les couler. Comme ça, ils auront à repayer et recommencer le cours... D'un autre côté, on nous demande de tout faire pour assurer leur réussite sans vraiment nous donner les outils nécessaires. Il y a de plus en plus de postes clés qui sont occupés par des administrateurs ou des professionnels plutôt que par des professeurs qui ont l'expérience de tous les aspects de la tâche professorale (recherche, enseignement, service aux collectivités). D'ailleurs, le nombre de professionnels, techniciens et administrateurs me semble augmenter sans cesse, mais c'est peut-être seulement une impression.

Finalement, parlons du gouvernement... Dans une démocratie, le gouvernement doit représenter le peuple. Oui, il doit parfois prendre des décisions difficiles. Malgré tout, il a un devoir d'écoute, de respect et d'honnêteté (intellectuelle comme judiciaire). Si ses décisions difficiles provoquent des réactions importantes, il doit tenter de les prendre en compte. Dans une démocratie, je crois donc que les étudiants ont le droit de s'exprimer et de se faire entendre sans qu'on les pousse à la révolte et à la violence par des discours démagogiques et le recours à des sophismes outrageux. Je m'attends du gouvernement qu'il fasse plus que de la "petite politique". Il doit dialoguer, expliquer et respecter ses électeurs et leurs enfants dans un climat d'honnêteté et d'égalité. Comme, l'explique Mme Chantale Bertrand, dans la vidéo suivante, je crois que le gouvernement québécois de M. Charest a choisi la voie de la confrontation alors que la bonne voie est celle du dialogue.

Lorsqu'une démocratie est engagée dans un débat idéologique, parce que c'était un débat idéologique à la base (avant qu'on tente de provoquer et de gagner la confrontation), et que personne ne veut reculer, le gouvernement peut utiliser d'autres outils comme un référendum ou une élection. Dans ce cas, plusieurs personnes ont déjà dit ne plus faire confiance au gouvernement, il est peut-être temps d'aller en élection. Les gens auront ainsi la chance de se prononcer.

Et les TIC dans tout ça?

Cette semaine, j'ai pu voir toute la puissance de Twitter à l'oeuvre. Hier, depuis l'UQO, une journaliste de Radio-Canada (Rachel Gaulin ou @RachelGaulin_RC) tweetaient en texte et en photos les évènements. Des étudiants et des professeurs faisaient la même chose. Ça m'a permis de vivre la manifestation depuis un tout autre point de vue que celui que j'ai pu voir au téléjournal de fin de soirée... J'ai aussi vu passer sur Twitter et ailleurs le cas de cet étudiant qui a manifesté à sa façon sur E-Bay. J'ai trouvé ça très original comme détournement politique d'un outil vraiment pas penser pour ça! Je ne donnerai pas tous les liens, mais il y a aussi toute la blogosphère qui se fait aller et s'exprime à droite comme à gauche ou au centre.

Difficile de ne pas entendre quand le message est dans les médias traditionnels comme dans les non traditionnels... Je me demande comment le gouvernement s'y prend?

Ajout le jour même

Ce midi, pendant que la police contenait une foule de manifestants devant le salon du Plan Nord à Montréal, le supposé Premier Ministre de tous les québécois faisait des blagues sur le dos de ceux que l'on frappait, traquait, menottait... Tous les manifestants n'étaient peut-être pas respectueux des règles et des lois, mais la majorité ne désirait qu'exprimer son opinion. On est loin de l'écoute, du dialogue et du respect cité plus haut... Voici la vidéo. Avouez que c'est pas très édifiant...

Ajout du 25 avril 2012

Je continue d'y réfléchir... Cette vidéo présentent 2 chercheurs de l'IRIS, Simon Tremblay-Pepin et Éric Martin, qui s'attaquent à plusieurs mythes qui sont véhiculés pour justifier la hausse des frais de scolarité. Pour moi, c'est du matériel à réfléchir...

La conclusion est ici:

Je vais peut-être devoir changer de position...

pgiroux

Auteur: pgiroux

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Commentaires (4)

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  21 avril 2012, 8:29:26 AM

Ailleurs, par d'autres auteurs: http://www.ledevoir.com/politique/q...

http://www.projetsdedalus.net/carne...

http://www.cyberpresse.ca/le-droit/...

http://www.ledevoir.com/politique/q...

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  21 avril 2012, 8:30:30 AM

http://www.ledevoir.com/politique/q...

Vincent Laberge Vincent Laberge ·  11 mai 2012, 12:30:20 PM

C'est difficile de rester neutre ou "au centre" devant une situation de crise comme celle qui secoue le Québec et simultanément toute la planète. http://actualutte.info/nouvelles-du...

Soit on endosse la brutalité et la répression du système élitiste, soit on endosse l'idéologie d'un choix de société axé vers le développement des connaissances et de l'égalité des chances.

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  11 mai 2012, 1:43:43 PM

Je ne crois pas que la brutalité soit nécessaire. Quelqu'un pourrait très bien endossé l'idéologie mise de l'avant par le gouvernement sans accepté les gestes commis de part et d'autres. Cette brutalité ne fait pas partie de l'idéologie. Elle résulte plus d'une mauvaise gestion, d'un changement mal planifié, d'un changement que l'on tente d'imposer de force. Les gestes poser par les différents acteurs et l'idéologie défendues pas chaque chacun me semblent être deux choses totalement différentes.

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