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Les mains liées en FP??...Le pouvoir du changement!!

Il fut un temps pas si lointain ou les ordinateurs étaient utilisés seulement pour le calcul. Seules les personnes possédant des connaissances informatiques pouvaient en bénéficier. Aujourd'hui, selon une étude réalisée par la société de communication Novius, c'est 2,3 milliards d'individus qui sont connectés à internet. L'ordinateur n'est plus synonyme de machine complexe, mais bien d'une technologie grandement utile qui offre une multitude de possibilités. Les enseignants, entre autres, peuvent en profiter pour diversifier leur matériel pédagogique et offrir un enseignement de qualité aux apprenants. Les technologies de l'information et de la communication sont en pleine croissance. Alors, pourquoi ne pas les intégrer à notre pédagogie pour transmettre des connaissances?

En tant qu'enseignantes en santé dans un centre de formation professionnelle, nous avons pu constater qu'il est parfois difficile pour les étudiants d'utiliser des ordinateurs dans le cadre de leur programme. Outre le manque de moyens financiers de la commission scolaire, quels sont les facteurs qui nous empêchent d'utiliser les technologies de l'information et de la communication en formation professionnelle? Il en existe plusieurs, et nous avons décidé de vous en présenter quelques-unes. En premier lieu, il y a un manque de connaissance venant des enseignants, et par le fait même peu ou pas de formation en ce qui concerne le sujet. Parallèlement, les apprenants vivent le même phénomène, à plus ou moins grande échelle, ce qui peut provoquer une situation où l’apprentissage de l’élève ne sera pas optimal. Les plages horaires dont nous disposons en formation professionnelle influencent grandement l'utilisation des TIC. De plus, les apprenants ont un profil sociodémographique très différent ce qui peut rendre l'utilisation des TIC plus difficile. Finalement, les spécificités disciplinaires auraient aussi une influence ce qui est fort intéressant dans notre contexte de santé qui est en plein essor technologique.

Premièrement, l'intégration des technologies de l'information et de la communication est un phénomène plutôt moderne. Les nouvelles technologies s'infiltrent très vite dans notre vie quotidienne. L'augmentation de l’utilisation des TIC est devenue un objectif dans notre commission scolaire. L'ordinateur doit devenir un outil d'apprentissage en formation professionnelle. Cette intégration nous force à parfaire notre démarche pédagogique et surtout à nous familiariser avec les TIC. Les enseignants doivent être confortables avec ces technologies, afin d’être en mesure de les utiliser. Malheureusement, les enseignants ne sont pas tous au même niveau. Selon une l'article de Cleary, Akkari, Corti (2008), les facteurs qui entravent l'intégration des TIC par les enseignants sont d'abord la formation inexistante, insuffisante ou médiocre à (61 %). Donc, cette étude confirme que le manque de connaissance des enseignants en matière de technologie éducative est un facteur important. À notre avis, ce n'est pas une formation de quelques heures sur des logiciels qui peut faire de nous des spécialistes en technologie de l'information et de la communication. De plus, l'intégration des TIC demande un grand investissement personnel.

D'autres facteurs interviennent dans l'utilisation des TIC en formation professionnelle comme le temps et les connaissances informatiques des apprenants. De plus, il est vrai que les apprenants ont besoin des enseignants pour les orienter afin d'apprendre à utiliser, structurer et organiser les données recueillies selon des démarches qui aideront l'acquisition de compétences. Par contre, les apprenants doivent être capables d'utiliser les bases de l'informatique adéquatement. Par exemple, utiliser des programmes comme Microsoft Word ou simplement de naviguer sur le web 2.0. Il y a plusieurs personnes dans notre société québécoise qui n'utilisent jamais cette technologie. Selon une étude menée par le CEFRIO(centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations à l’aide des TIC), il y a 17,9 % des adultes québécois qui ne se connectent jamais à Internet en 2011. Selon notre expérience personnelle en tant qu'enseignantes au secteur santé d'un centre de formation professionnelle, nous pouvons confirmer que les étudiants ne sont pas tous en mesure d'utiliser un ordinateur. Nous croyons donc qu'un des facteurs qui s'opposent à l'utilisation des TIC est le niveau de connaissances informatiques des apprenants. L'ordinateur est un outil d'apprentissage fort complexe. Celui qui ne parvient pas à développer une certaine expertise à l'ordinateur perd l'intérêt. L'enseignant ne peut pas demander aux apprenants d'utiliser certaines technologies s'ils ne possèdent pas une base. Il devient alors difficile de créer des activités d'apprentissage pour tous. L'enseignant doit faire preuve de beaucoup de créativité pour garder la motivation des apprenants. Les TIC sont des moyens d'enseignements dont chaque enseignant est libre d'utiliser.

Dans le même ordre d'idée, dans quelles mesures les enseignants de notre secteur peuvent-ils utiliser les TIC dans un contexte d'heures restreintes? Nous pouvons dire qu'il existe une contrainte quant aux heures d'enseignement. En effet, la formation pour les soins infirmiers compte 1800 heures. Plusieurs actes délégués de la profession infirmière se sont ajoutés ces dernières années ce qui fait augmenter le nombre de compétences à acquérir par les apprenants. Les enseignants doivent donc ajuster les heures de certaines compétences pour demeurer dans le nombre d’heures prescrit pour la formation. Cet ajustement d’heure a eu comme conséquence de réduire les heures d'enseignements de certains sujets très importants. Il nous devient, donc, impossible de prendre du temps pour faire l’enseignement des techniques informatiques de base, même s’il y a quelques élèves qui ont la compétence de les utiliser.

Ainsi, les enseignants doivent avoir un portrait global de sa clientèle pour ajuster le degré d'utilisation des TIC. Toujours selon la même recherche du CEFRIO, le taux d’utilisation d’Internet baisse significativement à mesure que l’âge des répondants avance, et augmente avec leur revenu et leur niveau de scolarité. L’accès au matériel informatique pour les élèves a un rôle dans l’utilisation des TIC. La situation financière des élèves en formation professionnelle au Québec à un impact majeur sur cet accès. Une enquête menée par L’AFE et le DRSI du ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports en 2007 nous démontre une moyenne de revenu brut annuel des élèves, hommes et femmes, dans le secteur de la formation professionnelle entre 11 689 $ et 13 737 $. Ces données présentées démontrent une situation financière difficile pour des apprenants. Ils ne posséderont peut-être pas un ordinateur ou n’auront pas d’accès à internet. Le secteur santé de notre centre professionnel compte beaucoup plus de personnes de 20 ans et plus que de personne de 20 ans et moins. En 2011-2012, selon des données fournies par notre commission scolaire, notre programme comptait 309 personnes de 20 ans et plus 88 personnes de 20 ans et moins. Nous observons une grande diversité dans nos salles de classe. Il y a aussi des différences significatives selon le sexe et la région. Dans notre centre, au secteur santé, il y a 294 femmes d'inscrites pour 35 hommes. Ces données récentes datent de 2012-2013. Les résultats de la recherche du CEFRIO nous informent que les hommes sont un peu plus actifs avec les tics que les femmes. De plus, nous avons observé que dans un certain programme de santé, auquel nous exerçons, les apprenantes sont soit des femmes monoparentales ou soit des jeunes femmes en difficulté scolaire. Nous remarquons aussi une certaine fermeture vis-à-vis des technologies de certains types d’élèves. Certaines femmes de plus de 50 ans se ferment à l’apprentissage des nouvelles technologies étant donné qu’elles doivent déjà faire un retour sur les bancs d’école pour apprendre un nouveau métier, elles trouvent difficile de faire l’ajout d’un nouvel apprentissage face aux technologies.

Donc, notre troisième contrainte serait les différences sociodémographiques significatives entre les apprenants qui influencent l'utilisation ou non de certaines activités éducatives en classe. Outre les variables de connaissances informatiques et sociodémographiques, il y aurait un facteur très intéressant qui nous touche particulièrement : les spécificités disciplinaires. En effet, selon l'article de Cleary, Akkari, Corti (2008), il semble que l'intégration des TIC dépende aussi des spécificités disciplinaires. Des études ont permis d'identifier des différences dues à la discipline. Par exemple, Zhao et Bryant (2006) énumèrent plusieurs études qui montrent que les enseignants en sciences sociales utilisent beaucoup moins les TIC que les enseignants d'autres disciplines par exemple les mathématiques. Le secteur de la santé s'approche davantage de la discipline sociale. Il y aurait moins de logiciels disponibles dans les secteurs de sciences sociales. Les personnes qui aiment les sciences humaines et les sciences de la santé ont peut-être un intérêt moins porté pour les TIC que ceux qui étudient dans d'autres disciplines. Il est vrai que l'objectif final des apprenants dans le secteur santé est de travailler avec les humains et non pas avec les machines. Par contre, il y a erreur de penser qu'ils n'auront pas à travailler avec la technologie. Notre système de la santé est aussi en plein essor technologique, croyez-nous! Les techniques de soin se trouvent sur internet et la bonne vieille méthode d’étiquette à la main a laissé sa place pour un logiciel informatisé. Et il ne faut pas oublier les dossiers informatisés qui font leur entrée au Québec. Ceux-ci nous permettront d’avoir accès aux dossiers des patients, peu importe l'endroit, ou ils se trouvent. Il est important d’avoir conscience que la technologie est de plus en plus utilisée en santé.

Pour conclure, il est du devoir des enseignants de ne pas ignorer la réalité de l'essor technologique de notre secteur. Il est de notre avis d'utiliser les technologies de l'information et de la communication en formation professionnelle. Il est souhaitable d'offrir des formations dignes des milieux de travail actuels. Nous formons des personnes qui seront appelées à travailler avec des humains. Dans la réalité d'aujourd'hui pour bien prendre soin des gens, il nous faut utiliser des machines. Donc, le manque de connaissances des enseignants par rapport aux TIC devra être modéré dans un futur rapproché. Les apprenants ont besoin de plus en plus de connaissances technologiques pour survivre à la réalité des milieux de travail. Des moyens devront être pris par les enseignants, mais aussi par les commissions scolaires et le gouvernement. Que ce soit pour augmenter les heures ou améliorer le budget, le Québec doit suivre. Les États-Unis ont déjà beaucoup d'avance sur l'utilisation du matériel médical informatisé. Les enseignants des écoles d’infirmières utilisent beaucoup la technologie pour former leurs apprenants. Pourrait-on dire que la formation aux États-Unis est de meilleure qualité que la nôtre? Les infirmières sont-elles plus qualifiées? Voilà un autre débat qui pourrait faire peur à tous les usagers du système de santé.

Autres références et statistiques,Csrsaguenay, (2013), statistiques de la population du centre professionnel l'Oasis, secteur santé.

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billet réalisé par: etu6, etu8, etu10, etu22

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Commentaires (6)

etu1 etu1 ·  22 mars 2013, 7:49:16 AM

C'est un très beau billet de votre part ! Ça m'a permis de voir comment ça se passe vraiment au niveau de la santé! Et avec des chiffres c'est encore plus concret au niveau de la formation professionnelle. Effectivement les apprenants ont besoin de plus en plus de connaissances technologiques s'ils veulent suivre dans leur milieu de travail et j'espère de tout coeur que le Québec va suivre.
Très bon billet!!

etu10, etu8, etu6, etu22 etu10, etu8, etu6, etu22 ·  22 mars 2013, 10:34:05 AM

Merci pour le beau comentaire!

Effectivement l'un des buts de notre billet était de partager notre réalité, qui malheureusement n'est pas toujours évidente. Même avec beaucoup d'enthousiame et de bonne volonté, nous n'arrivons pas toujours à nos fins et ne pouvont pas toujours atteindre nos buts visés!

En espérant que la situation sera favorable à un changement radical dans un avenir raproché... à suivre.

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  27 mars 2013, 2:37:37 PM

Bravo pour votre billet. Je tiens à souligner les efforts pour appuyer votre réflexion sur des données et des documents externes crédibles. C'est exactement ce qu'il faut faire. Bravo!

La situation que vous décrivez n'est pas facile... D'un côté il y a des contraintes et de l'autre une réalité dans laquelle la technologies est de plus en plus présente. C'est un peu le jour de la marmotte. J'ai l'impression que c'est partout pareil en éducation. Dans ce domaine, la FP ne diffère pas vraiment des autres lieux et contextes de formation au Québec. C'est une contradiction qu'on m'expose trop régulièrement... :-(

Si je devais imaginer un moyen de concilier les deux (au moins de les concilier de temps en temps...) ce serait de considérer les TIC comme une compétence transversale. Ça revient à dire que les compétence TIC ne doivent pas s'ajouter aux nombreuses compétences professionnelles à développer. L'enseignant doit considérer les TIC comme des outils et les utiliser pour faire apprendre des choses en bio, en santé ou en droit ou encore pour faciliter le développement de compétences professionnelles précises. En général, c'est un peu plus long et un peu plus difficile à préparer pour les enseignants, mais à la fin les apprenants ont développé leurs compétences en plus de maitriser une fonction ou un usage d'un outil TIC.

etu6 etu6 ·  27 mars 2013, 3:07:06 PM

Merci pour votre commentaire, je suis d'accord avec vous. L'enseignant doit donc développer une grande créativité qui sera profitable pour tous les apprenants. L'intégration des TIC se fera probablement sur une longue période au secteur professionnelle mais elle se fera :)

etu8 etu8 ·  28 mars 2013, 10:31:18 AM

Il faut faire face au changement et avancé en même temps que le progret. Même si des fois ce progret nous semble plus rapide que nos propres apprentissages face au tic. Nous avons deux générations d'enseignant en ce moment en FP, une qui réagit bien aux technologies et l'autre qui ne veut pas changer leur approche en enseignement et utilisé d'autre méthode que le magistrale. L'utililsation des power point, pour eux, leur semble déjà un montagne a surmontée. Il fautdra attendre que la nouvelle génération d'enseignant prenne leur place, et que les groupes d'élève réalise l'efficacité des Tic en classe. Je ne crois pas que ce future soit bien loin, mais nous devrons être patient pour que l'ensemble des classes est un bon équipement informatique, qui nous fera pas perdre patience comme en ce moment......

etu6 etu6 ·  28 mars 2013, 2:50:50 PM

Le changement fait peur et c'est un processus très long. C'est comme de demander à quelqu'un d'arrêter de manger du gâteau. LOL! Les études démontrent que ce n'est pas bon pour la santé. Par contre, pour que cette personne mange des fruits à la place de son dessert préféré, ça risque de prendre quelque temps. Il devra s'adapter au nouveau goût. En plus, cette personne mange du gâteau tous les jours depuis qu'il est tout petit, hum! ça risque d'être difficile. Les fruits sont plus couteux va t'il dire. Toutes les raisons sont bonnes pour ne pas faire l'effort d'arrêter d'en manger même si cela est prouvé que les fruits sont meilleurs. Bref, l'exemple est vraiment simpliste, mais quand on transforme cette histoire avec celle de l'utilisation des TIC, on se rend bien compte que ce changement est inévitable pour que notre centre professionnel reste en santé technologiquement :). Plusieurs théories sur le  changement existent. Celles-ci sont d'accord pour dire que ce n'est pas chose facile d'intégrer des changements quand les habitudes sont bien encrées, mais ce n'est pas impossible. Dans notre cas, temps et budget sont de mise. De plus, ça prend des gens initiateurs de changement pour aider les choses. Je crois que le truc est d'intégrer les TIC dans nos classes petit à petit sans sauter d'étape pour ne pas faire peur aux gens qui ont peu de connaissances informatiques. Déjà que quelques enseignants utilisent  les ordinateurs en classe est un bon début. Le changement se fera, j'en suis bien certaine. Et il y aura toujours des gens pour freiner les projets comme dans tout bon changement organisationnel. Je vous invite donc à allez voir ce site. (http://www.accordance.fr/infoqualite/dossiers/dossiers.php?id_dossier=79), Ce texte pourrait vous donner une idée des obstacles aux changements outre les générations. Etu 8, êtes-vous prête à être un agent de changement dans votre centre de formation professionnelle? Hihihi ! Je vais vous y encourager:)

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