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Lé msg txt vs lé comPtenss en Fr., 1 problm????

Introduction

À l’aube de l’année 2014 et en présence de la génération C, c’est-à-dire la tranche d’âge qui baigne dans les technologies de l’information et de la communication, quoi de plus normal que de voir des jeunes dans nos écoles secondaires avec en main des téléphones intelligents, des tablettes portatives et des baladeurs numériques. L’omniprésence de tous ces outils, à la fois ludiques et pratiques, nous mène à nous questionner sur les enjeux qu’ils comportent pour cette génération. Plus précisément, nous nous intéresserons aux messages envoyés par les téléphones des jeunes, appelés « texto » ou « SMS (short message service) » afin d’étudier quelles sont les conséquences de leur utilisation sur la langue française.

Nous nous interrogeons à savoir si ces impacts sont positifs ou négatifs sur diverses compétences en lecture et en écriture. Nous allons donc répondre à la question suivante : le langage SMS a-t-il des conséquences sur les compétences en français ? Notre questionnement est d’actualité et tout à fait pertinent dans notre future pratique enseignante car « Les utilisateurs, surtout des filles de 13 à 17 ans, en envoient ou en reçoivent en moyenne plus de 3300 chaque mois, selon une enquête de la firme Nielsen menée en 2010. » (Nancy, 2013) et que nous croyons fortement que ce nombre a augmenté considérablement en quatre ans en raison de l’accès plus facile aux technologies et surtout par la multiplication des plates-formes offertes pour communiquer.

Ce travail de recherche exposera d’abord les idées d’experts et d’auteurs qui sont d’avis que le langage SMS offre des conséquences positives pour la maîtrise du français. Ensuite, il sera question des conséquences négatives recueillies dans la littérature de l’utilisation de messages textes sur la langue française. Enfin, après avoir exploré les deux argumentaires, il sera temps pour nous de prendre position et de répondre à la question de recherche. Pour finir, nous aborderons les outils de communication que nous avons utilisés afin de réaliser ce travail d’équipe.

Les arguments

A. Les conséquences positives de l’utilisation du SMS : l’avis des auteurs.

1. Selon Vienney et Melian (2004), on peut lire dans leur article traitant sur la correction automatique du langage “texto” que celle-ci, offerte par plusieurs technologies dont les iPad, les iPhone, etc. aide les jeunes à mieux écrire. En les corrigeant, les élèves peuvent apprendre comment les mots s’écrivent. Quoi de mieux que d’apprendre de nos erreurs.

2. De plus, le message écrit par SMS est personnalisé et stylisé, selon les mots de Bevilacqua (2012). On peut y inclure des émoticônes (smileys) pour évoquer les émotions et les intentions derrières le message texte, habituellement présentes dans un échange oral. L’auteur ajoute que la rédaction d’un SMS offre également une économie de temps: les messages textes se composent rapidement, et ce, particulièrement pour les téléphones sans clavier Qwerty.

3. Dans son texte sur les enjeux didactiques en écriture et en lecture de la littératie numérique, Penloup (2012) affirme que les SMS permettent la pratique du français à l’extérieur du cadre scolaire et donc, dans un lieu exempte de stress et d’évaluation. Le jeune peut se pratiquer sans risquer l’échec. En outre, les SMS permettent de plus nombreuses conversations métacognitives employant fréquemment des termes comme : « Je crois que… », « Je sais que… », « Je suppose… » et des articulateurs logiques tel que « parce que » et « de plus ».

4. Un argument fort du texte de Nancy (2013) sur l’écriture en classe est que ceux qui connaissent le langage SMS sont plus rapides lors de la prise de notes en classe, car ils peuvent utiliser des raccourcis semblables à ceux sur leur téléphone. Les élèves gagnent en efficacité lorsqu’une contrainte de temps leur est imposée. L'auteur affirme que les textos sont clairs, courts, directs et « à mi-chemin entre le français parlé et le français écrit. ». De plus, on ne peut pas mettre l'entièreté de la faute sur les SMS concernant les lacunes en français des jeunes. Nancy dénonce que même avant l’arrivée des technologies de la communication et avant la vive popularité des SMS, bon nombre de jeunes possédaient déjà des lacunes en français écrit et en compréhension en lecture.

5. Ensuite, selon Brandt (2006), la communication par textos est dynamique et interactive. L’auteur affirme également qu’avec les SMS, la population en générale n’a jamais autant écrit et composé de messages. Depuis l’ère SMS, les communications ont en effet explosé.

6. D’autres auteurs se sont penchés sur les conséquences positives des SMS chez les jeunes dyslexiques. Tout d’abord, Macedo-Rouet (2010) relate que selon un groupe de chercheurs en linguistiques, le langage SMS pourrait aider les l’élèves dyslexiques pour bien comprendre les normes de l’écrit. Cela leur permettrait d’améliorer leur compréhension en lecture, car les textes sous forme texto sont phonétiquement écrits de façon à comprendre la transcription des sons. Ensuite, Tran et al.(2008) ont relevé qu’en production écrite, les élèves dyslexiques pourront se concentrer sur les idées du texte, sur le contenu et non sur la forme du texte et sur les fautes.

7. Finalement, afin de rassurer les inquiets, le site web Apprendre à apprendre (s.d) rapporte dans un article sur les impacts de l’utilisation croissante du SMS sur les compétences linguistiques que le langage SMS n’affectera pas les élèves qui ont un bon niveau en français: ceux-ci ne vont pas désapprendre les normes du français en utilisant les textos. Grâce à ces derniers, les jeunes seraient en outre plus créatifs en composition, leur imagination étant davantage sollicitée.

B. Les conséquences négatives de l’utilisation du langage SMS : l’avis des auteurs.

1. Par une modification des normes syntaxiques et orthographiques du français standard, le langage SMS présente comme premier risque de jouer un rôle néfaste sur la graphie employée par ses utilisateurs dans d’autres contextes inadéquats. Guernier et al. (2008) se sont intéressé à une étude scientifique réalisée en 2004 en Belgique qui s’appuyait sur l’analyse de 75 000 messages pour en relever les phénomènes linguistiques. Dans leur article, ces auteurs précisent que les variations présentes dans le langage SMS par rapport au français sont le fruit de contraintes de production et de transmission du discours.

2. La première contrainte qu’impose l’écriture de SMS est d’ordre économique. Comme son nom l’indique (short message service) l’utilisateur est limité à un nombre de 160 caractères au risque de devoir payer un message supplémentaire et est alors contraint de rentabiliser cet espace restreint pour transmettre la totalité de son discours. Ainsi, tous les signes ou mots n’entravant pas la compréhension, soit tous les mots syntaxiquement prévisibles, sont alors supprimés. Toutefois, cette contrainte n’a plus lieu d’être aujourd’hui: les forfaits téléphoniques se sont massivement répandus et offrent généralement des SMS illimités.

3. En outre, l’utilisateur est gagné par un souci d’efficacité communicationnelle et de rapidité. L’utilisateur supprime alors tous les signes inutiles à la bonne compréhension du message pour transmettre sa réponse aussi vite que possible. Cependant, cet argument peut facilement être rejeté selon des informations reprises sur Wikipédia (s.d.). Il est actuellement possible d’écrire aussi rapidement en limitant les erreurs d’orthographe, en utilisant les systèmes de saisie intuitive permettant la reconnaissance des mots français courants, et présents sur la majorité des portables.

4. De plus, selon Jalabert (2006), un danger qui peut également se présenter pour les élèves est qu’ils finissent par se tromper d’habitude scripturale. Tellement habitués à fonctionner de cette manière et utilisant davantage ce système graphique, ils en viennent à écrire certains mots en langage SMS directement dans leur copie scolaire par simple mégarde. De nombreuses erreurs orthographiques apparaissent alors à plusieurs niveaux : erreurs de ponctuation (parfois absente, parfois employée de manière abusive), de temps de conjugaison…

5. Un autre risque expliqué par Jalabert (2006) concerne la marginalisation des pratiques normées. Il admet d’abord que le langage texto, massivement utilisée par les jeunes, s’avère être un moyen pour les réconcilier avec l’acte d’écrire (notamment pour ceux qui présentent d’importantes faiblesses). Toutefois, ce retour à l’écriture présente plusieurs effets pervers pour l’écriture elle-même. On pourrait craindre que l’effet contraire se produise et que ceux qui continuent à respecter les règles orthographiques traditionnelles se voient marginalisés, l’écriture et toutes les richesses de son système n’étant dès lors peu ou plus pratiquées.

6. D’autres avancent ensuite que ce langage constitue un moyen d’échapper aux contraintes orthographiques. Or, le langage SMS tend de plus en plus à être normalisé que ce soit par des publications de romans rédigés ainsi ou encore par la création d’ateliers d’écriture texto. Jalabert (2006) rétorque alors que si les individus présentent des difficultés à respecter les normes orthographiques en français, peut-être auront-ils autant de difficultés à maitriser celles qui tendent à s’imposer en langage SMS.

7. Enfin, ce type de langage prolifère également sur les forums ou plus généralement sur les pages web. Employé dans des discussions parfois plus fondées, où il est déjà difficile de percevoir clairement les arguments des interlocuteurs (les paramètres propres à la communication orale étant dès lors absents), ce type de langage augmente les difficultés de lecture par le déchiffrement qu’il impose. Panckhurst (2009) ajoute que le langage sms est très problématique pour l’utilisation de système de synthèse vocale (notamment nécessaire à des lecteurs malvoyants): la reconnaissance des mots est alors rendue difficile pour les décrypter et les lire correctement.

Prise de position et conclusion

À la suite de nos lectures, il est maintenant temps de prendre position au sujet des conséquences du langage SMS sur les compétences en français. Notons tout d’abord qu’il nous est très difficile de trancher pour une position ou pour une autre. En effet, plusieurs arguments nous ont semblé pertinents et intéressants. Notre opinion est par conséquent plutôt mitigée à ce sujet.

Concernant notre aspiration à préserver le français comme langue première, nous sommes tentées de faire un rapprochement entre l’utilisation de l’écriture SMS et les anglicismes au quotidien. Ceci est un point de vue très personnel, aucun texte n’en faisant mention dans nos recherches. Mais nous croyons tout de même que pour la protection de la langue française, l’écriture SMS est une menace et devient une cause de la perte de richesse de la langue. Accepter ce type d’écriture serait un peu comme accepter les anglicismes et l’affichage en anglais au Québec. Pourtant, nous pouvons voir que l’écriture texto permet de personnaliser le langage et va même jusqu’à rendre les émotions plus faciles à percevoir pour le lecteur par la présence d’ émoticônes (Bevilacqua, 2012). Cela ne pourrait-il pas démocratiser, en quelque sorte, l’écriture? Rendre l’écriture plus accessible à tous? Car nous ne pouvons pas nier que malgré sa beauté, le français reste tout de même une langue difficile à maîtriser. Nous croyons ainsi que, nonobstant les « périls » de l’avenir du français, l’écriture texto peut tout de même avoir un avantage pour les jeunes qui veulent écrire, peu importe la forme que prend ce texte.

Dans une telle hypothèse, nous pensons que l’écriture SMS peut présenter un certain avantage pour les élèves dyslexiques (Macedo-Rouet, 2010) qui ne veulent pas être freinés dans leur ambition d’écrire. Nous sommes d’avis que l’usage de ce type d’écriture peut aider à retirer les complexes liés à la forme du texte et pourrait favoriser la production écrite. En effet, ces jeunes pourront dès lors se concentrer sur les idées à transmettre plutôt que sur la forme du texte.

Bien qu’il semble maintenant y avoir une certaine inutilité en regard à l’emploi de ce type d’écriture dans les textos en raison de la disparition de la limite de caractères imposée auparavant, l’usage de l’écriture SMS parait tout de même être pratique dans d’autres circonstances, comme nous l’avons mentionné plus haut. À cela, nous pourrions ajouter l’économie de temps que son emploi permet lors de la prise de notes (Nancy, 2013), tant au secondaire qu’au cégep ou à l’université. Il s’agit ici, à notre avis, de savoir faire la part des choses pour les élèves et les étudiants, c’est-à-dire de reconnaître son intérêt tout en ne l’utilisant que lorsque requis.

En conclusion, il nous semble qu’il n’y a pas de division bien/mal dans ce domaine, mais bien des forces et des faiblesses à l’écriture SMS. Il n’en tient qu’à nous, futurs enseignants et enseignantes, de tirer parti de cette tendance qui n’est pas appelée à disparaitre. Nous devons maitriser et parfois intégrer l’écriture texto afin d’aider nos jeunes à s’approprier les divers avantages qu’elle offre tout en minimisant ses effets négatifs. Bien que ce ne soit pas, à notre avis, le rôle de l’école que d’enseigner les codes du SMS aux élèves, nous ne devons pas rejeter systématiquement cette forme de langage car elle concerne tous les jeunes de cette génération, à savoir nos élèves. Ainsi, et comme nous l’avons mentionné plus haut, une des façons pour intégrer l’écriture texto serait de favoriser et d’encourager son utilisation pour faciliter la prise de notes et même pour démontrer les registres de langue en montant des activités qui utilisent le langage SMS.

Pour la réalisation de ce billet, qui fut rédigé en équipe, nous avons utilisé majoritairement Google Disque, afin de pouvoir travailler sur un même document en même temps. Cela nous a permis de consulter les sources partagées à même le document et ainsi de « se faire une tête » sur le sujet. De plus, avec la fonction de commentaires, il était possible de donner des suggestions de corrections pour certaines phrases ou paragraphes et de commenter quelques parties du texte, afin d’apporter des approfondissements. De plus, nous recevions les notifications par courriel ce qui nous permettait de - réagir rapidement quand nous n’étions pas toutes en ligne en même temps. C’est le principal outil que nous avons utilisé. Par contre, pour une communication plus directe, nous avons utilisé la messagerie de Facebook, car nous avons tendance à vérifier plus souvent cette messagerie que notre adresse courriel. En ce qui concerne la présentation du sujet devant le groupe, notre support visuel était fait à l'aide de Prezi.

Références bibliographiques

Apprendre à apprendre. (s.d.) L'utilisation croissante du SMS chez les jeunes: quel impact sur les compétences linguistiques ?

Audran, J., & Del Perugia, B. (2001). Une expérience de "chats" à l'école, communication et stratégies. L’odyssée des réseaux, Cahiers Pédagogiques, 356, 25-27.

Barton, D. & Hamilton, M. (2010). La littératie: une pratique sociale. Langage et société, 3 (133), 45-62.

Bevilacqua, S. (2012). La communication médiée par téléphone (CMT). Synergies Argentine, 1, 117-126.

Brandt, S. (2008). Parlez-vous textos ? L’oral en représentation(s). Décrire, enseigner, évalué. In C. Parpette & M.-A. Mochet (Eds), Cortil-Wodon: E.M.E. (pp 135-157). Nice, France: Université de Nice Sophia-Antipolis.

Guernier, M.-C., Sautot J.-P. & Vuillermoz, A. (mars 2008). Le langage SMS: étude d’un corpus informatisé à partir de l’enquête “Faites don de vos SMS à la science. Lire au lycée professionnel (56), 39.

Jalabert, R. (2006). MoliR, revi1 vit... il son 2vnu foo ! (« Molière, reviens vite ... ils sont devenus fous ! »). Cahiers pédagogiques, 440.

Marso, P. (2005). La font’n j’m, La Fontaine, j’aime.

Macedo-Rouet, M. (2010). Le langage SMS n’est pas l’ennemi des écrits scolaires.

Nancy, D. (7 octobre 2013). Les textos aident à la prise de notes en classe.

Panckhurst, R. (2009). Short Message Service (SMS): typologie et problématiques futures. In T. Arnavieille, Polyphonies (pp. 33-52). Montpellier , France : Université Paul-Valéry Montepellier.

Penloup, M.-C. (2012). Littératies numériques : quels enjeux pour la didactique de l’écriture-lecture ? Les Cahiers de l’Acedle, 9 (2), 129-140.

Tran T. M., Trancart, M. & Servent, D. (2008). Littéracie, SMS et troubles spécifiques du langage écrit. In J. Durand, B. Habert & B. Laks (Eds), Congrès mondial de linguistique française (pp.1845-1858). Paris, France: Institut de linguistique française. doi: 10.1051/cmlf08034

Vienney, S. & Melian, C. (2004). La correction automatique du langage des nouvelles formes de communication écrite. In S. Vienney & M. Bioud (Eds), Bulag. Correction automatique: bilan et perspective (pp. 183-190). Franche-Comté, France: Presses universitaires de Franche-Comté.

Wikipedia. (20 février 2014). Langage SMS.

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Auteur: etu67

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Commentaires (1)

Suzie Suzie ·  30 mars 2014, 5:47:33 PM

Bonjour à vous trois,

Vous avez rédigé un excellent billet, bien écrit et bien documenté. Vous citez bien vos sources dans le texte et vos références sont récentes. Vos arguments sont nombreux et vos sources sont variées…Vous dressez presque un portrait exhaustif de la littérature sur le sujet!

Cependant, dans cette partie,

«2. De plus, le message écrit par SMS est personnalisé et stylisé, selon les mots de Bevilacqua (2012). On peut y inclure des émoticônes (smileys) pour évoquer les émotions et les intentions derrières le message texte, habituellement présentes dans un échange oral. L’auteur ajoute que la rédaction d’un SMS offre également une économie de temps: les messages textes se composent rapidement, et ce, particulièrement pour les téléphones sans clavier Qwerty.»

Pourquoi? Je crois que cet argument serait bonifié en le justifiant davantage. Tout comme la partie sur la dyslexie…

Suzie

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