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Le coût global et réel de nos décisions

Ma charge de travail actuelle ne me laissent pas beaucoup de temps pour écrire, partager, écouter mon réseau, etc. C'est un peu ridicule parce que j'ai plus des responsabilités qu'avant, mais je n'ai plus vraiment le temps de prendre du recul... (J'en ferai certainement l'objet d'un autre billet.) Malgré tout, il y a des sujets qui nécessitent qu'on s'arrête pour quelques instants. J'aimerais bien lire vos réactions à ce qui va suivre...

J'ai vécus deux expériences récemment qui me questionnent profondément. C'est lié aux choix technologiques et informatiques que l'on fait dans nos universités, nos commissions scolaires et nos écoles.

Je constate que nos réflexions manquent souvent de portée. Qu'en pensez-vous?

Situation 1: On justifie l'achat d'un équipement informatique (des TBI) à l'Université sous prétexte que cet équipement se retrouve partout dans les écoles actuellement et qu'il faut absolument former nos futurs enseignants à cet outil.

À première vue, c'est super... L'intention est bonne. Mais est-ce vraiment une bonne idée? On a déjà quelques TBI et ils ont servi de "rack à poussières" pendant plusieurs mois (plus d'un an!!) avant que je propose de les placer dans des petits locaux d'études situés près de mon laboratoire. Depuis, ils sont utilisés sur une base plus ou moins régulière par des groupes d'étudiants, dans le cadre de mon cours, par les étudiants de la Clinique d'orthopédagogie, etc. Ici, notre réflexion me semble manquer de portée lorsque l'on prétend que la mission d'une université est de former les futurs enseignants aux outils qui sont présents dans les écoles. Dans le contexte d'une université en région, c'est un piège facile de se conformer aux préférences actuelles de nos voisins immédiats. En faisant cela, j'ai peur qu'on finisse vite par vivre en vase clos, isolés ou en retard sur ce qui se passe en dehors de notre champ de vision.

Autre élément important à considérer, je sais déjà que cet outil est dépassé... On l'utilise dans les écoles parce que l'équipement est disponible, mais déjà un autre outil moins dispendieux et plus avantageux envahit nos écoles. Vous aurez deviné que je parle des tablettes. Évidemment, les TBI et les tablettes ne font pas la même chose, ils n'ont pas la même utilité, mais les budgets sont limités. Or, les tablettes sont plus flexibles, peuvent être intégrées à plus de situations d'apprentissage et sont le plus souvent entre les mains des apprenants... Inévitablement, c'est les tablettes qui seront les plus présentes dans nos écoles à moyen terme. En considérant la situation plus largement, on ne peut ignorer la vitesse à laquelle les technologies changent et la multitude de solutions maintenant disponibles. En 2015, savoir être critique et être en mesure de s'adapter est devenu une nécessité! Je prétends que ce sont des compétences essentielles au 21e siècle!

Dans ce cas, comment justifier aujourd'hui une dépense pour un groupe de TBI qui sera dépassé au moment où nos étudiants entreront sur le marché de travail?

Ainsi, plutôt que d'acheter des TBI Smart parce que c'est ce que nos voisins utilisent, j'ai proposé de mettre en place de stations de travail avec des écrans tactiles. Sur ces postes de travail, nous pourrions installer différents logiciels de TNI comme Smart Notebook et OpenSankoré. Au final, ce serait moins dispendieux. En plus, ce serait mieux adapté aux besoins réels de formation de nos futurs enseignants. En effet, comme la compétence professionnelle #8 le précise, les futurs enseignants doivent être en mesure "de manifester un esprit critique et nuancé par rapport aux avantages et aux limites véritables des TIC" et ils doivent "disposer d'une vue d’ensemble des possibilités que les TIC offrent sur les plans pédagogique et didactique". C'est assez logique parce qu'être critique ça veut dire juger, comparer, critiquer, argumenter, trianguler... Et tout ça est impossible si on choisit un outil spécifique et qu'on est jamais confronté à d'autres outils. Avec l'argent qui restera, nous pourrons peut-être acheter quelques tablettes... Nos étudiants auront déjà été mis en contact avec plusieurs outils différents et pourront s'adapter à celui présent dans l'école où ils travailleront. Ils auront déjà été confrontés à la variété, au changement et à différentes manières de faire les choses.

Situation 2: Dans un autre contexte, comment justifier l'investissement dans une collection d'outils propriétaires coûteux (M$ OneDrive, Office, etc.) qui engagent un fort pourcentage de nos ressources très limitées ($$$) alors que des alternatives existent? Ces alternatives ne sont pas nécessairement gratuites, ni tout à fait équivalentes. Leur implantation demandera des efforts et du temps. Cela bousculera aussi les habitudes et nécessitera des changements dans les manières de faire. Je pense ici aux logiciels libres, aux Google Apps, etc. Mais au final, les enseignants pourront faire leur boulot et les apprenants pourront développer leurs compétences. En prime, on se sortira peut-être d'une boucle sans fin dans laquelle on apprend avec Microsoft, on travaille avec Microsoft, on forme avec Microsoft et on recommence...

En ces temps de négociations, de restrictions budgétaires et de coupures, j'ai l'impression qu'on ne prend pas les décisions depuis le bon point de vue. Qu'est-ce que l'inconfort et le bouleversement des habitudes de quelques techniciens, secrétaires et enseignants (qui sont après tout des professionnels que l'on paye comme tel!) face aux besoins des apprenants? Si une alternative nous permettait d'éduquer tout aussi bien, de favoriser le développement des compétences efficacement en plus de nous faire économiser des sous à moyen ou long termes (je sais que le changement n'est pas instantané, ni sans efforts et sans coût), ne devrait-on pas la considérer? Pourtant, le discours qui prime n'a rien à voir avec le fait que nous pourrions économiser de l'argent et ré-investir dans des orthopédagogues, des éducateurs spécialisés ou du matériel pédagogique...

Ce serait trop compliqué de former tout le monde!

Je souligne ici que nous sommes dans le milieu de l'éducation. Nous sommes des professionnels de la formation, de l'éducation et de l’apprentissage! Si c'est trop compliqué pour nous de mettre une formation efficace en place... Alors nous sommes dans le pétrin!

Nous n'avons pas nécessairement les compétences pour gérer les autres produits!

La formation continue, ça existe! Si c'est bon pour les autres professionnels, ça doit s'appliquer dans ce contexte aussi!

On connait bien ce produit et il efficace!

J'en conviens. Au final, nous sommes cependant ici pour éduquer et les choix que l'on a faits hier et que l'on répète idiotement aujourd'hui ont des conséquences à moyen et long terme... Face aux besoins des apprenants, à la nécessité d'adapter l'école à un monde en changement et aux ressources limitées, il est nécessaire de réfléchir à plus long terme. Il faut aussi se souvenir pourquoi nous sommes ici...

Préparer des jeunes pour le monde d'aujourd'hui et de demain... (et améliorer le monde chaque fois qu'on le peut!)

pgiroux

Auteur: pgiroux

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