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Pour que la pédagogie prenne sa place (début d'une réflexion)

Ça fait longtemps que mon blogue est sur pause... Je n'en ressentais pas le besoin, mes autres réseaux me satisfaisaient.

J'avais aussi moins le temps.

Mais c'est un bon endroit pour réfléchir, s'exprimer, partager et laisser des traces. Aujourd’hui, j'ai besoin de ça justement...

Plaçons d'abord les bases de ma réflexion.

Voici quelques idées et opinions qui m'apparaissent importantes dans ma réflexion:

  • Je suis prof. Je fais de la recherche. J'enseigne. Je sers la collectivité universitaire et régionale de plusieurs façons. Ma priorité professionnelle, c'est le recherche et l'enseignement en lien avec la littératie numérique, la technopédagogie, l'éducation et la formation des futurs enseignants.
  • À ma connaissance, et je suis prof ici depuis 2005, l'UQAC n'a jamais fait de réelle réflexion à propos de la formation à distance. Il y a bien eu des propositions de plans et des projets par le passé, mais ils ne prenaient pas vraiment en compte la science et les résultats de la recherche en éducation et excluaient le plus souvent des acteurs clés. À mes yeux de spécialiste en technopédagogie, de pédagogue et de chercheur en éducation, ce n'était clairement pas assez!
  • L'UQAC est dans le business de l'enseignement, de la recherche et du service à la collectivité. C’est ce que nous faisons en gros… Trois groupes de personnes sont particulièrement au coeur de ce business: les chargés de cours, le personnel professionnel en recherche et les profs. Les deux premiers sont spécialisés. Les chargés de cours font de l'enseignement. Les professionnels de recherche font de la recherche. Les profs, eux, touchent aux trois business et, sans rien enlever à l'importance des deux autres groupes qui sont aussi très importants, ils sont essentiels aux trois.
  • Une Université a cependant besoin de plus de monde pour que ça fonctionne. Ainsi, il y a tout un paquet de personnes qui fournissent services et soutien pour que l'institution puisse faire du business. À mes yeux, le travail de ces gens, c'est d'offrir service et soutien à ceux qui sont au coeur du business de l'UQAC et de faire que l'UQAC puisse faire son job. Ils sont eux aussi essentiels, mais leurs rôles sont souvent en lien indirect avec l'enseignement, la recherche et le service à la collectivité.
  • Il découle logiquement des deux idées précédentes que toute considération qui a un impact direct sur ou qui est associé directement à la recherche, l'enseignement/apprentissage et le service aux collectivités devrait être prioritaire ou de niveau 1. Toute considération directement associée aux services et au soutien devrait logiquement venir après (donc être de niveau 2) lorsque l'on prend une décision...
  • La pédagogie, et par extension, la recherche en éducation n'ont jamais été jugées très importantes à l'UQAC. C'est une perception toute personnelle, mais je pourrais probablement la défendre assez concrètement. Quotidiennement, d'autres critères décisionnels sont appliqués AVANT les critères pédagogiques et les savoirs provenant de la recherche en éducation pour prendre des décisions importantes, des décisions qui sont pourtant en lien direct avec la "main business" de l'institution comme, par exemple, lorsque l'on parle d'enseignement, de pédagogie, de taille des groupes, etc. À mes yeux, on fait souvent les compromis sur le dos de la pédagogie plutôt que sur le dos des autres critères (qui eux ne sont pas directement en lien avec le "business" de l'UQAC, mais plutôt en lien avec des éléments de soutien ou des services supposés faciliter le business de l'institution). Je suis peut-être juste naïf, mais à mes yeux la dernière place où l'institution devrait faire des compromis c'est pour tout ce qui touche directement à ses trois business... Autrement, vous touchez à l'intégrité de l'institution.
  • À l'échelle universitaire, dans un monde de chercheurs et de spécialistes, avoir déjà été enseignant ou chargé de cours ne fait pas de toi un spécialiste en éducation, n'en déplaise peut-être à des collègues, des chargés de cours, des gestionnaires et des étudiants. De la même manière, mon BAC en Kinanthropologie et mes nombreuses saisons comme coachs (plus de 25, principalement dans deux sports...) ne font pas de moi un spécialiste en Kin ou en éducation physique, dans tous les cas pas au point d'imposer des décisions au module de Kin (qui est constitué de plusieurs chercheurs dans ce domaine ou dans des domaines connexes). Au mieux, je peux participer à la discussion et comprendre si elle ne s'élève pas trop sur le plan théorique, scientifique, etc. Je peux probablement aussi faire des suggestions valables en me fondant sur ma formation initiale et sur mon expérience. Mais, ultimement, mes collègues chercheurs en psychologies sportives, en kinésiologie, en physiologie du sport et autres devraient logiquement avoir le dernier mot parce qu'ils sont des spécialistes et qu'ils maitrisent mille et une nuances que je ne maitrise pas nécessairement. En clair, le fait d'avoir soigné mes filles lorsqu'elles étaient malades ne fait pas de moi un infirmier ou un médecin! À tout le moins, ça ne devrait pas... En éducation, que l'on soit au primaire, au secondaire, au collégial ou à l'université, il semble que cette réalité ne soit pas toujours évidente!
  • Avant la crise, l'UQAC avait plusieurs entités, services ou composantes qui travaillaient dans le domaine de la pédagogie, mais ils n'étaient pas coordonnés ensemble et les ressources étaient distribuées inégalement.
    • On avait un Comité de pédagogie universitaire (CPU), mais ce dernier n'a jamais eu d'existence concrète dans l'organigramme de l'UQAC donc pas de réels pouvoirs et il n'a jamais eu beaucoup de ressources à sa disposition. Son poids réel était conséquemment relativement limité. Par contre, ce comité a l’avantage immense de la représentativité! Il est composé de membres provenant de tous les départements, de chargés de cours et d’au moins un représentant pour les services informatiques, les services aux étudiants, les étudiants, la bibliothèque, le BST (présenté juste après) et l'école de langue! Il a de plus été relativement actif au fil du temps en offrant conférences et formations et en produisant toutes sortes de ressources.
    • On avait aussi le BST, un bureau de soutien technopédagogique. Le BST est le résultat d'une précédente réflexion institutionnelle sur la pédagogie et la technologie qui, selon moi, n'a pas été poussée jusqu'au bout et qui, pour des raisons qui m'échappent, ne prenaient pas toujours en compte la science et les résultats de la recherche en éducation et excluaient des acteurs clés en ce sens que les professeurs et les chargés de cours ne participaient d’aucune manière à sa gestion et à ses orientations. C'était malgré tout une force non négligeable. L’équipe du BST regroupe quelques professionnels dévoués et compétents qui ont aidé plusieurs professeurs et chargés de cours de notre institution à réaliser des projets très concrets et de grande qualité.
    • Les services aux étudiants... Le titre dit tout. Ils offraient (et offre toujours) tout un ensemble de services aux étudiants et certains touchent directement à l'enseignement et l'apprentissage comme, par exemple, tout ce qui touche l'accompagnement des étudiants qui ont des besoins particuliers.
    • La bibliothèque... C'est un outil majeur dans le développement d'une université notamment lorsqu'on a besoin d'informations, mais aussi comme alliés en matière de compétences informationnelles et, dans une certaine mesure, de compétences technologiques.
    • Les services informatiques... Ils soutiennent notamment deux plateformes (Moodle et Google Classroom) de soutien à l'apprentissage, produisent parfois des tutoriels et du matériel, permettent à la communauté de l'UQAC de bénéficier d'outils et d'équipements stables et fonctionnels pour faire des visioconférences, maintiennent le réseau informatique essentiel à notre institution fonctionnel et sécuritaire et plus encore.

Face à la crise du COVID, l'UQAC a réagi dans l'urgence.

Nos gestionnaires ne pensaient probablement pas que les services en place suffiraient. Ils ont décidé de brasser un peu ce qui existait déjà et ont créé une nouvelle entité. Je souligne ici leur proactivité et leur réactivité. Étrangement, pour y arriver, ils ont dépouillé les services qui existaient de certains éléments clés en les rendant ainsi beaucoup moins fonctionnels. Plusieurs éléments capables d'aider l'institution à lutter contre la crise se sont ainsi trouvés ralentis ou moins efficaces. Cette nouvelle entité a été positionnée sous la gouverne de la directrice de la bibliothèque (qui ne dépend pas du vice-rectorat à l'enseignement, la recherche et la création). J'y vois des avantages et des inconvénients. Côté positif, on a réuni plusieurs éléments capables de nous aider à passer le plus gros de la crise dans une seule équipe sous la gouverne d'une personne qui semble habituée de gérer des projets et des équipes. Côté négatif, on a ainsi gardé le CPU (et ce faisant les profs et les chargés de cours, les deux groupes qui sont en première ligne pour l'enseignement, une des principales business de l'UQAC qui était directement en difficulté à cause de la crise du COVID) complètement en dehors de la boucle. Pareil pour les chercheurs en éducation (tous ne voulaient pas ou ne pouvaient pas contribuer à la réflexion, mais tout de même...). J'ai admis plus haut qu'il y avait du positif à la création et au positionnement de cette nouvelle entité, mais force est de constater que l'on a éliminé des acteurs clés du processus au profit de ce qui semble être des considérations qui dépendent de la gestion (une considération importante, mais de second niveau à mes yeux).

Avec plusieurs collègues, nous avons tenté de contribuer à la réflexion et à la réponse à la crise en nous exprimant ici et là, dans les médias notamment. Ces interventions concernaient, par exemple, l'opportunité à saisir de poser des gestes importants en éducation ou la gestion du temps-écran chez les jeunes en période de crise. Nous avons aussi rapporté nos préoccupations plus "institutionnelles" lors de rencontres syndicales et pu constater que de nombreux collègues étaient en accord avec nous ou étaient aussi préoccupés par la situation. L’assemblée syndicale des professeurs a donc suggéré la création d'un comité qui devait réfléchir au positionnement de l'UQAC en matière d'enseignement (à distance et en présentiel) et planifier les gestes concrets à poser rapidement pour une solution plus permanente. Les gestionnaires de notre institution n'étaient pas vraiment obligés de répondre positivement à cette proposition, mais ils ont répondu rapidement et positivement. C'est un geste que je crois qu'il faut apprécier parce qu'il permet à plus d'acteurs importants de s'impliquer et de participer. Ce comité devait effectuer une réflexion et contribuer à la mise en place d'une solution permanente avant le début de la session d'automne. C’est rapide, mais c’est ce qui a été clairement énoncé comme objectif par la rectrice dès la première rencontre de travail et personne ne s’est opposé, probablement en reconnaissance de l’urgence et de la pertinence de l’objectif. L'approche d'animation et de travail était très "gestion"et me semblait « lents », mais comme on travaillait pour quelque chose de permanent, tous ont accepté de jouer le jeu. Depuis le début des travaux du comité, les discussions étaient réellement intéressantes et, pour ma part, je me suis senti écouté et respecté comme spécialiste en technopédagogie jusqu'à cette semaine... J'ai même témoigné du bon fonctionnement du comité, de l'ouverture des gestionnaires institutionnels et de la productivité du comité lors de l’avant-dernière assemblée syndicale des prof. J'ai clairement indiqué à mes collègues qui avaient des inquiétudes qu'il fallait faire confiance et que nous adresserions rapidement leurs inquiétudes. Puis il s'est passé quelque chose que je ne comprends pas... Lors de la rencontre suivante du comité, celle à laquelle on devait traiter de sujets urgents qui inquiètent les acteurs de première ligne dans l'une des 3 principales business de l'UQAC (l'enseignement!), on nous a plutôt informés que des décisions étaient prises et que des annoncent seraient faites le lendemain. On a aussi semblé reporter l'échéance pour une solution permanente à plus tard... On a bien discuté, mais le ton et l'écoute avaient changé. Pour ma part, j'ai clairement eu l'impression de revivre ce qui s'était passé quelques années auparavant lors d'une précédente discussion institutionnelle à propos de la FAD, de la pédagogie et de l'enseignement qui n'a jamais été au fond des choses. On nous avait alors écoutés un certain temps avant de nous écarter et que les gestionnaires prennent des décisions sans les enseignants, les chercheurs et les spécialistes en pédagogie.

La porte n'est pas fermée. À tout le moins, j'ai senti assez d'ouverture pour juger le comité encore utile et pour croire que ça vaut la peine de m'investir encore... Mais ma balloune a dégonflé pas mal!

À ce stade voici ce que je veux :

  • que mon institution pense d'abord en termes d'enseignement et d'apprentissage et ensuite en termes de gestion (s’il y a des compromis ou des acrobaties à faire, on le fera au niveau de la gestion et des services de soutien pour respecter la raison d’être de l’institution);
  • que les profs et chargés de cours soient dorénavant dans la boucle du début à la fin et qu’ils puissent participer aux décisions dès lors qu’il est question de pédagogie, d’enseignement et d’apprentissage;
  • que la taille des groupes soit limitée à 50 et que l’on offre automatiquement la possibilité aux professeurs et chargés de cours de bénéficier d’un aide pédagogique dès que la taille d’un groupe dépasse 35 étudiants;
  • que l’on mette fin dès maintenant aux activités du centre de soutien à la prestation virtuelle de cours (ou peu importe le nom exact de l’entité supposément temporaire qui avait été créée et qui exclut les professeurs et les chargés de cours!);
  • que l’on crée une entité permanente avec du personnel permanent;
  • que cette nouvelle entité permanente dépende directement du vice-rectorat à l'enseignement, la recherche et la création
  • que cette nouvelle entité soit immédiatement ajouté à l’organigramme officiel de l’UQAC et que le manuel de gestion soit ajusté en conséquence;
  • que les activités quotidiennes de cette entité soient dirigées par un prof, idéalement un spécialiste en éducation ou un prof qui s’intéresse à la pédagogie;
  • que le directeur de cette entité soit aussi le professeur responsable du CPU et que le CPU devienne le « comité de direction » de cette entité (en gros, on intègre le CPU);
  • que l’on regroupe sous le chapeau de cette entité permanente des conseillers pédagogiques (4), des technopédagogues (3), des techniciens informatiques (1 pour commencer, on devra ajuster le nombre selon l’évolution de la situation), des professionnels de la création médiatique (vidéo, web, etc.) (2, un professionnel et un technicien)et au moins un (1) spécialiste en documentation (en gros, on intègre le BST);
  • que la mission de cette entité soit :
    • Soutien technopédagogique de première ligne (une « hotline » technopédagogique) en complément du soutien technique immédiat déjà offert par le bureau de l’audiovisuel;
    • Promotion des compétences clés du 21e siècle et des moyens/stratégies pour les développer dans nos cours;
    • Counseling pédagogique individualisé ou programme;
    • Soutien à la production de matériel pédagogique spécialisé;
    • Évaluation formative et formation continue des professeurs et des chargés de cours;
    • Veille pédago-techno-scientifique;
    • Partage et vulgarisation auprès de la communauté universitaire et éducative régionale.

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Auteur: pgiroux

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Commentaires (1)

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  09 juillet 2020, 9:43:13 AM

J'indexe ici ce lien très pertinent pour ma réflexion: http://www.contact.ulaval.ca/articl...

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