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Michel Serres sur la nécessité d'adapter l'école au 21e siècle

Plus tôt ce matin, je publiais un lien vers une entrevue avec Laurent Alexandre sur l'intelligence artificielle dans laquelle il expliquait que cette technologie appelle une transformation de l'école. Il explique que l'école doit s'adapter sinon l'intelligence artificielle va littéralement remplacer et pousser au chômage (il dit LAMINER!) un pourcentage catastrophique de la population d'ici quelques années.

Ce texte de Michel Serres publié dans le LeMonde.Fr adopte un autre point de vue sur la question. Michel Serres utilise plutôt ses connaissances d'historien pour arriver à la même conclusion: l'école doit changer, et vite!

La prémisse de base de Serres est simple et c'est un classique en éducation. Vous la retrouverez dans tous les ouvrage sérieux sur la planification pédagogique ou le design pédagogique: il faut d'abord connaître et prendre en compte ceux qui doivent apprendre! Tout l'article de Michel Serres s'applique à démontrer comment l'apprenant d'aujourd'hui est différent. L'angle est résolument historique et, vu la compétences et les connaissances de l'auteur, ça sert bien la réflexion.

Après avoir décrit sommairement en quoi les jeunes sont différents sur le plan historique, Michel Serres pose une première question intéressante: comment leur histoire influence-t-elle leur morale? Entre les lignes, je crois qu'il s'inquiète un peu du futur et de l'absence de morale... Il replace ensuite le rôle des adultes dans cette situation, n'hésitent pas à dire que certains problèmes sont le résultats des actions des parents qui sont actuellement dans les écoles... Vers la fin du texte, il écrira clairement que les parents de cette génération (lui inclu!) ont clairement manqué le train! Pas facile de se faire jeter ça en pleine figure. Je me demande comment les "politiques" déjà critiqués vertement par Laurent Alexandre vont accepter cela? Serres, pour sa part, critique vertement les médias et leur importance par rapport aux enseignants, chercheurs et autres acteurs pauvres et discrets, mais plus brillants.

Michel Serres aborde rapidement des changements importants dont le rapport à la distance, à l'espace et aux savoirs. Il concluent sans ambiguïté que cette génération est différente.

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n'a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n'habite plus le même espace.

Serres aborde rapidement la question des textos et de l'évolution de la langue. Ce membre de l'Académie Française ne semble pas s'inquiéter. Les chose changent, simplement! C'est juste tellement plus rapide comme changement... Comme le reste! C'est probablement une caractéristique de cette génération.LA caractéristique! Ils sont le résultats de cette vitesse, de ce changement!

Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l'Académie française publie, à peu près tous les vingt ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s'établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d'environ trente mille. A ce rythme, on peut deviner qu'assez vite, nos successeurs pourraient se trouver, demain, aussi séparés de notre langue que nous le sommes, aujourd'hui, de l'ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années récentes et ceux d'aujourd'hui. Petite Poucette et son ami ne s'évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le labeur a muté.

Serres explique aussi que, contrairement à ses parents, cette génération ne se défini plus principalement par rapport à des concepts collectifs (race, couleur, parti politique, religion, etc.). Il sont des individus! Et cela pose de nouvelles questions, impose de nouveaux défis. Globalement, les changements récents sont tellement importants sur le plan historique que Serres les comparent aux plus grands bouleversement de notre histoire!

Rarissimes dans l'histoire, ces transformations, que j'appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l'ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l'aurore de la science grecque, au début de l'ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance.

Et c'est sur cette dernière constatation que Michel Serres pose le problème crucial qui justifie ce texte...

Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l'enseignement, au sein de cadres datant d'un âge qu'ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d'un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu'ils ne sont plus.

Les changements historiques récents confrontent l'école à une première question importante: Que transmettre? Avec Internet qui a succédé aux livres et qui est maintenant accessible à presque tout le monde presque partout, la question se pose!

D'une certaine manière, il le savoir est toujours et partout déjà transmis.

Il faut ensuite se demander à qui et comment le transmettre...

Le changement qui affecte le savoir nécessite une adaptation de l'école, de la pédagogie... Cependant que ceux qui dirigent encore la destinée de l'école ne sont souvent pas issus de la bonne génération, n'ont pas encore la bonne compréhension de la réalité...

Un changement est nécessaire...

Face à ces mutations, sans doute convient-il d'inventer d'inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d'un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu'elles étaient mortes depuis longtemps déjà.

Malheureusement, Serres n'a pas la réponse... Il ne dit pas à quoi le changement doit ressembler!

Quel dommage... J'aurais aimé qu'il tente d'anticiper et de deviner la suite!

pgiroux

Auteur: pgiroux

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Commentaires (2)

E. RICHARD E. RICHARD ·  17 octobre 2017, 3:40:51 AM

ce qu'évoque Michel Serres dans cette contribution me renvoie au travail, et au bouquin destiné à le vulgariser, de Jean-paul Gaillard, thérapeute systémicien, prof. honoraire des universités, sur LA MUTATION PSYCHOSOCIETALE, LES ENFANTS ET ADOLESCENTS EN MUTATION (les mutants...). Cf par ex https://www.youtube.com/watch?v=WEZ... et sur son site https://www.gaillard-systemique.com... Une approche à découvrir absolument pour qui s'intéresse à la nécessaire adaptation de l' "éducation" ou de l' "enseignement"

Patrick Giroux Patrick Giroux ·  30 octobre 2017, 1:15:44 PM

Merci pour la référence! Je vais aller regarder cela.

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